Archive pour mai 2005

Du 22 Mars 2005 au 14 Mai 2005

Samedi 14 mai 2005

22 mars 2005 16h, Les Arabes, l’Occident

  

Aujourd’hui, ouverture du Sommet arabe à Alger. Beaucoup de délégations occidentales qui ont tenu à participer et « délivrer un message » : l’Espagne, la France, l’Italie, la Communauté Européenne, l’Allemane, le Portugal. Ton de ces délégations, dont ils ne s’aperçoivent pas qu’il est perçu comme paternaliste, y compris par les chefs d’Etat arabe aux ordres: conseils aux arabes pour adopter «  les valeurs de la démocratie », pour « un Islam tolérant », à l’appui quelques citations, quand ils le peuvent du Coran ou de grands penseurs arabes (Ibn Sinna, Ibn Rochd etc..).

Mais ils sont venus surtout pour mettre en garde contre « le Terrorisme ». C’est le message des USA répété, répercuté avec différentes variations suivant le pays occidental.
Y.. me parlait, hier, de ce magnifique texte d’une israélienne dont la fille a été tuée «  par le Terrorisme » mais qui accusait le terrorisme d’Israël d’être le vrai coupable, et qui ajoutait « qu’elle ne voyait pas plus de terroristes chez les Islamistes » et qu’il fallait parler surtout de « ce Bush qui terrorisait actuellement le monde ».

Je regardais dans la salle le « chef d’Etat irakien », gros et boudiné, l’ai de suer en permanence, affalé dans son fauteuil et qui était arrivé au pouvoir dans les fourgons de l’occupant. Le Chef du Gouvernement espagnol, l’Italien aussi qui donnent des leçons sur la démocratie et qui dénoncent l’utilisation de la violence en politique et qui oublient que leur pays a envahi lui aussi l’Irak. Quelle dérision.

Mais on perçoit quand même, comme un vent de changement dans ce sommet arabe : un parlement arabe va être institué, tout le monde dénonce l’inefficacité arabe et un organe va être créé pour l’exécution des décisions; on parle d’un zone de libre échange arabe; la tentative de la Jordanie de proposer la «  normalisation » les relations avec Israël a été dénoncée et a échoué, on exige la fin du 2 poids 2 mesures entre Israël et les Arabes, notamment sur la question des armes de destruction massive, on parle démocratie.. Tout cela serait- il arrivé sans la peur de la vague islamiste, et « le terrorisme ».

  

Vendredi 25 mars 2005  9h30, Candide au Sommet arabe, homosexualité, pédophilie et…Tsunami

  

Avant hier s’est terminé le sommet arabe d’Alger, dans l’indifférence de l’opinion arabe qui n’en attend rien et qui a depuis longtemps son avis sur les dirigeants arabes. Sur le forum d’un site internet arabe, une question : « attendez vous des changements de ce sommet ». La première réponse est arrivée de Palestine :  » nous n’attendons rien d’eux, ce sont tous des agents de l’Amérique et d’Israël ».

Il y a eu, quand même cette résolution qui refuse toute normalisation avec Israël sans « paix juste », c’est à dire l’application des résolutions de l’ONU depuis 1967 . L’Egypte et la Jordanie qui ont depuis longtemps normalisé leurs relations, puisqu’elles ont des relations diplomatiques avec Israël, ont elles aussi voté cette résolution. Cocasse. Le fait même que les chefs d’Etat de ces deux pays aient accepté parmi eux le Président fantoche irakien et l’occupation de l’Irak les a, une nouvelle fois, disqualifié. Le jour même d’ailleurs, Israël a rejeté avec mépris leur résolution. Même mépris chez les Américains qui ont déclaré hier « que ce sommet était un non événement » et que les chefs d’Etats arabes avaient raté une  » occasion d’avancer dans la démocratisation de leur pays ».

S’ils ont adopté cette résolution concernant Israël, c’est que les chefs d’Etat arabes ont évidemment peur de la  « rue arabe », comme ils disent. Mais maintenant, il y a une autre peur qui peut les pousser, paradoxalement vers un nationalisme, même limité : c’est ce thème de la démocratisation brandi par les américains pour justifier leur politique impériale. Les américains veulent prendre les devants avant que les peuples arabes n’abattent ces régimes  qu’ils ont eux même placés ou soutenus et qui ont fait leur temps. Ils préfèrent leur démocratisation, comme en Irak. Les régimes arabes sentent qu’ils sont désormais lâchés par leurs protecteurs.

La Ligue Arabe continue d’exister : c’est au moins ça, en attendant des jours meilleurs. Mais au milieu de tout ce dégoût qui vous saisit, un vrai moment de bonheur, l’intervention de Gueddafi. Le candide du sommet : des paroles simples, claires ;  « Où est la justice, les résolutions de l’ONU sont impératives, obligatoires lorsqu’il s’agit de l’Irak, de la Syrie, de la Libye, du Soudan, mais jamais pour Israël…Si on exige d’un Etat qu’il retire ses troupes, d’accord, mais alors il faut l’exiger de tous les Etats qui ont des troupes dans les autres pays; au Liban, vaut il mieux qu’il y le fusil arabe ou le fusil de l’OTAN,… nous les arabes les musulmans, ils veulent nous amener à croire que tout est pourri, mauvais en nous, notre culture, nos traditions, notre façon de voir la dignité de la femme, et même la circoncision (rires de la salle) » ; il parle de Benladen, il ose en parler, il parle vrai « le terrorisme islamiste, c’est eux qui l’ont créé, par le mépris, l’oppression, l’humiliation ». Une bouffée d’air frais dans cette atmosphère de mensonges, des paroles simples, vraies, les journalistes arabes qui couvrent le Sommet, sont collés aux écrans de télé qui diffusent ce qui se passe dans la salle, l’écoutent silencieusement. Dans la salle aussi, les autres chefs d’Etat, qui la plupart le détestent, écoutent dans un silence de mort, comme fascinés, hommage du vice à la vertu ; certains tentent de rire, histoire de dire qu’on ne peut pas prendre Gueddafi au sérieux, mais, c’est plus fort qu’eux, ils l’écoutent. Lui, les affronte, serein et un brin désinvolte, ils ne s’adressent pas à eux mais aux Arabes, dehors, dans le monde.

Le lendemain, à Alger, la presse francophone algérienne se déchaîne contre lui, pour le présenter comme d’habitude comme un bouffon, un «  pitre  », disent ils. Mais cette haine contre Gueddafi est un aveu, de leur haine, ou plus exactement de leur auto-mépris pour tout ce qui est Arabe.

Les chaînes de Télé américaines envahissent les foyers dans le monde de films, de séries contre le « terrorisme islamiste », de débats sur l’islam, de reportages paternalistes et pleurnichards sur la situation de la femme musulmane. Les autres chaînes occidentales suivent avec plus ou moins de conviction. L’Occident mobilise son énergie idéologique et culturelle contre l’Islam comme il l’avait fait pour le communisme. Il a fallu simplement changer les personnages. Demain ce sera la Chine, ce qui est d’ailleurs déjà le cas.

Reportage sur France2 (« envoyé spécial » ), sur les ravisseurs d’otages. On découvre mieux ce qu’a fait de ce pays la libération américaine : tout le monde a la peur au ventre, la période noire en Algérie multiplié par 100. Les américains ont recruté dans la nouvelle police irakienne tous les malfrats, les voyous de Bagdad  et du pays, ceux là même qui avaient pillés Bagdad à l’entrée des américains. Les bandes qui kidnappent et réclament des rançons ce sont ceux là, avec souvent la complicité de la police. 300 irakiens ont été kidnappés, riches, pauvres. Rançons, disparitions, règlements de comptes, tout est alors possible. On comprend mieux alors pourquoi c’est une française, Florence qui a été kidnappée, ainsi qu’ une italienne hostile, à la guerre ( elle est du journal « El Manifesto »), et pourquoi des américains ont tiré sur son convoi quand elle a été libérée. Les américains ne veulent pas de témoins à leur guerre. Des journalistes américains du New York Times, qui sont les seuls à avoir voulu travailler de façon indépendante, en dehors de l’armée américaine, racontent leur peur quotidienne, et qu’ils se font passer pour des Français pour échapper aux rapts politiques. C’est donc la preuve que l’enlèvement de Florence est bizarre puisqu’elle est française et que les Irakiens, sur cette question, ont un préjugé favorable pour la France.

La police irakienne remet les irakiens qu’elle arrête aux Américains. Le soir, les Américains tirent à vue. La ville de Falloudja a été détruite, et ses réfugiés campent à Bagdad

L’Histoire est un cycle. La Nouvelle Rome Impériale, comme l’avait fait la Grèce antique dans son apogée, ouvre ses bras à l’homosexualité. Progrès de la tolérance, lutte contre toute forme de discrimination humaine, c’est comme cela que c’est présenté. Peut être. En tous cas, tout se pourrit dans le contexte de domination des uns sur les autres. Le politiquement correct, actuellement en Occident, c’est cette tolérance, voire cette sympathie pour l’homosexualité, dans les élites dirigeantes et donc sur les médias.

Hier à France 2, à l’émission « Envoyé spécial » Delannoe, le maire de Paris. Il est content que maintenant « tout le monde se fiche » de son homosexualité et qu’on juge uniquement son travail en tant que Maire de Paris. Il est né à Bizerte en Tunisie, dont il parle avec émotion, « l’une de ses deux patries », mais on apprend, au passage, que déjà enfant, il regardait, sur les plages tunisiennes, les « corps des  beaux garçons ».Peu après, re belote, à l’émission campus, sur la même chaîne, Frédéric Mitterrand, fait la promotion de son nouveau livre « la mauvaise vie ». Il y avoue ses voyages en Indonésie, à la recherche de jeunes beaux garçons dont il admirait les corps lui sur les plages du maroc. Il y dit aussi son dégoût de ces passagers dans les avions vers l’Indonésie, dont ils savaient qu’ils avaient le même but, le tourisme sexuel. Confessions, univers glauque qu’il décrit des bordels de jeunes garçons pour touristes étrangers en Asie. Herve Bourges, qui participe à l’émission, donne un coup de main à son livre: « Frédéric Mitterrand parle de choses indécentes de façon décente » et il aligne un certain nombre de phrases faciles du même genre. De même pour Patrick Poivre d’Arvor, le présentateur du JT de TF1. Ils se soutiennent tous.

L’homosexualité, c’est ici en fait de la pédophilie, mais il s’agit d’Indonésiens, et ce n’est pas un délit.

Et soudain, je pense au raz de marée sur l’Indonésie, et comment ces élites, de façon qui m’avait semblé alors  bizarre se sont sentis impliquées. N’y ont ils pas vu, malgré leur rationalité finalement seulement apparente, une punition divine ?

  

Samedi 26 mars 2005 18h 40, Islam, le Hezbollah, le métis culturel

Hier, sur « France 2 », on annonce la rencontre annuelle des organisations musulmanes de France. Le présentateur du JT dit, avec une petite crispation qu’on y attend cent mille personnes et il poursuit, alors qu’on attend plus d’informations à ce sujet , » mais il y a d’autres courants musulmans de France dont on ne parle pas assez et qui représentent un Islam plus serein (  encore un autre Islam ! celui là s’appelle « plus serein ») et nous avons images et interview d’une femme, genre algérienne aux cheveux oxygénés, de radio beurre et d’une autre organisation, ainsi que l’inévitable Malek Chebel de service. Le commentateur avoue lui même que ces organisations «  sont des coquilles vides ». Et pourtant c’est d’elles dont on parle le plus sur les médias français…sans succès.

Un peu avant, dans l’émission de FR 3, « C’ dans l’air », débat sur le Liban. Il aboutit inévitablement au Hezbollah. Un des débatteurs est Français. Il est souvent invité, c’est le genre spécialiste du moyen Orient, mi journaliste, mi expert, mi barbouze. Il déteste d’évidence le Hezbollah et tient le discours de tradition coloniale habituel  sur le Liban, dans le style diviser pour régner. Il susurre que les chrétiens, les druzes, les sunnites voient avec méfiance un Hezbollah cheval de Troie de l’Iran, et que tout le problème est d’arriver à désarmer le Hezbollah..

Il y a aussi deux débatteurs Libanais, le genre pétris de cultures française et vivant à Paris. Pourtant, ils ne peuvent laisser dire cela, et ils font observer que le Hezbollah est respecté au Liban, qu’il a mené la résistance contre Israël, que c’est pour cela qu’il est une force authentiquement libanaise que tout le monde reconnaît, et ils  rappellent que seul Israël  et les USA le qualifient de terroriste, et pas la France.

Le matraquage médiatique cacher son hostilité à l’Islam derrière le thème de la laïcité,  mais en  fait cette hostilité ne concerne pas, au fond, l’Islam en tant que mouvement religieux mais comme l’un des grands mouvements populaires de ce début de siècle. Et ce faisant, ils ont abouti à des situations grotesques : par exemples, toutes les fêtes en France sont religieuses, et avec elles les jours fériés et les vacances scolaires, les régiments de l’armée ont, comme patrons, des saints etc.… etc.. et concernant l’Islam ils ne veulent rien entendre de cela au nom de la laicité. Quadrature du cercle.

Il n’y a que nos algéro- français ( je ne parle pas des enfants d’ émigrés qui eux sont admirables) pour les appuyer frénétiquement. Ils sont des sortes de métis culturels, à l’aise ni ici, ni là. Le métissage est magnifique, enrichissant, mais dans les situations de domination, rien n’est pire que la situation du métis, rejeté des deux côtés. Mais au fait, les nôtres sont ils des métis culturels comme ils veulent le faire croire. C’est plutôt peau noire et masque blanc, l’aliénation. Pas une double culture, mais une double inculture.

  

Mercredi 30 mars 2005 9h08, les « valeurs occidentales », Gorbatchev

  

Au fond la démocratie occidentale actuelle est exactement la démocratie grecque ou romaine antique : la liberté, la citoyenneté pour les grecs ou les romains, l’esclavage pour les autres. On peut même dire que le moteur de la démocratie occidentale est l’oppression des autres. Les citoyens occidentaux sont choyés, chouchoutés par leurs gouvernements : un otage, et l’Etat se mobilise. Tout est fait pour leur montrer que leur vie, leur personne est précieuse. Dans les guerres de domination, on veille réellement, scrupuleusement à éviter les pertes humaines…occidentales. Tous les jours, on cherche à leur donner des avantages, des privilèges, à leur faire croire qu’ils sont des super citoyens du monde, ou plus exactement les seuls citoyens véritables. Et cela n’a rien à voir à l’arrivée avec « le système de valeurs occidentales », « les valeurs de la démocratie » comme on le répète tous les jours. Dans les faits tout est détourné. Ces principes deviennent au bout du chemin l’instrument de l’oppression des autres. La vérité est simple : les pays occidentaux ont besoin de leur population pour dominer le monde et ils la choient. On n’a pas encore trouvé autre chose que d’utiliser des hommes pour en dominer d’autres.

Hier, à une émission Télé (« Trans europexpress », sur le chaîne 3 Française), Giscard D’Estaing, l’ancien Président de la république française, résume cyniquement la situation  à propos des USA : « la première administration Bush a voulu diviser l’Europe pour l’affaiblir ; la seconde administration Bush a modifié son attitude envers l’Europe, car elle en a besoin, elle ne veut pas rester seule : les américains ont compris qu’avec 5% de la population mondiale on ne pouvait pas dominer le monde  ». En d’autres termes, une domination du monde USA Europe, avec le premier rôle pour les USA. Giscard, au beau milieu d’un débat sur «  la fascination qu’exerce sur les monde les valeurs européennes » a dit crûment les choses.
A ce débat aussi, Gorbatchev, en duplex de Moscou. Un vieillard que je n’avais pas reconnu de suite. Cela faisait longtemps que je voulais l’écouter, en fait depuis l’effondrement de l’URSS. Savoir comment pouvait penser un homme et se survivre après une aussi grande tragédie dont il a été le centre. Un seul homme est venu à un moment au Pouvoir à un moment de l’Histoire, et tout s’est écroulé, apparemment, avec lui, comme un château de cartes, dans son pays, dans le monde. Les conséquences ont été énormes sur toute la planète, sur l’humanité. Comme ces fils à Papa, qui ont reçu  un héritage, et qui l’ont dilapidé. Une tragédie shakespearienne. Mais il n’a rien d’un héros shakespearien. Comme si le vrai Gorbatchev, c’était celui là : inconsistant. Il parle vite, comme quelqu’un qui n’a pas confiance  en lui même et a peur d’être interrompu. Les autres, les Français qui participent à l’émission, l’écoutent avec un brin de condescendance. De temps en temps, mais sans grande conviction, ils essaient de lui faire croire qu’il a joué un grand rôle dans l’Histoire , dans la démocratie, « en mettant fin au totalitarisme communiste ». Mais comme dans tout occidental, il y a un nationaliste, on sent qu’en arrière plan, ils le méprisent d’avoir affaibli son pays, la Russie. Tout cela est pénible, finalement. Gorbatchev parle fébrilement, de la « Perestroïka », de la « Glassnot », qui sont maintenant «  irréversibles  ». On ne comprend pas s’il vit encore lui dans cette période qui n’intéresse plus personne et s’il veut dire qu’elle se poursuit, mais il dit que la Perestroïka a été interrompu à mi chemin, et il laisse entendre que c’est à cause de Boris Eltsine. On sent qu’il  déteste cet homme mais sans avoir le courage de cette haine, comme si celui ci continuait de le dominer. Et je me souviens de cette scène où Gorbatchev est lâche, en tant qu’homme, et où il donne sa démission, de Secrétaire général du PCUS, sous la pression d’Eltsine, devant les caméras de la télévision. Dans ce débat, tout le monde est gêné. L’impression d’un homme inconscient, qui veut refaire l’Histoire avec des si, qui ne veut pas voir les faits en face : la déchéance de son pays, son état actuel, les russes qui se prostituent dans le monde entier, lui même puissant, respecté naguère, et aujourd’hui parlant vite pour qu’on ne lui retire pas la parole. Déchéance.

On parle aussi dans ce débat encore de « la fascination exercée par les valeurs européennes ». La preuve, tous ces pays de l’Est qui veulent  adhérer à l’Union européenne,, et même l’Ukraine, la Georgie. Le jeune nouveau président de la Georgie intervient aussi en duplex et fait un long plaidoyer sans dignité pour réclamer l’intégration à l’Union européenne et prouver que la Georgie est européenne. Christine Okrent, qui anime l’émission, s’étonne ingénument « que les autres pays ne demandent qu’à entrer dans l’Union européenne alors que ceux qui y sont jouent aux difficiles », exemple la France qui pourrait bientôt voter non au projet de Constitution européenne . Et toujours le discours sur « la fascination exercée par les valeurs européennes ». L’idiote! La fascination, c’est celle exercée par la richesse de l’Europe. L’explication est évidemment plus simple : ceux qui sont déjà riches, l’Angleterre, l’Allemagne, la France, etc.. sont évidemment critiques et pensent avant tout chaque fois à ce qu’ils pourraient gagner à l’union de l’Europe, et craignent de plus, de devoir partager, en accueillant les pays européens pauvres. Les pays européens pauvres, eux, rêvent de venir participer au festin.

  

Lundi 5 avril 2005, le Pape est mort

Le Pape est mort avant-hier. Toutes les chaînes françaises sont mobilisées, nuit et jour. C’est normal, l’événement est important, et encore plus pour la civilisation chrétienne occidentale. Mais pourquoi parlent ils alors de laïcité dès qu’il s’agit de l’Islam.

Dans les rétrospectives sur la vie de jean Paul II, on découvre le rôle qu’il a joué dans la fin du communisme en Pologne et donc dans le monde. Je découvre, moi, à cette occasion, qu’au fond le communisme a subi une défaite morale, et que certains de ceux qui l’on combattu, comme ce Pape, étaient supérieurs moralement.
Je me souviens de ce qu’on nous disait à cette époque, pour expliquer l’intervention de l’URSS en Hongrie puis en Tchécoslovaquie : si un pays socialiste s’écroule, c’est très grave (sous entendu le risque est que tous les autres s’écroulent aussi). Comment ne voyions- nous pas alors qu’un tel argument était honteux, et déjà l’aveu d’un problème fondamental.

Toute la pompe de l’Eglise se manifeste à l’ occasion de la mort du Pape. Attachement à des traditions séculaires dans les habits, le cérémonial, et jusqu’à ce qui est rappelé pour l’élection du nouveau Pape  : fumée blanche et fumée noire. Les commentateurs français le rappellent avec tendresse. Je pense au sourire sardonique de nos franco-algériens lorsqu’ils se moquent, au nom de la science et de la modernité, de la nuit du doute pour le Ramadan, lorsqu’on attend que des musulmans témoignent qu’ils ont vu le nouveau croissant lunaire, et qu’ils considèrent cette tradition avec mépris, comme la preuve d’esprits non scientifiques. Mais pour les traditions de l’Eglise, ils doivent eux aussi être pris de tendresse et d’une émotion esthétique, aliénation culturelle oblige.

Il y a quelques jours, un film américain où Clinton jouait son rôle. Il y a finalement peu de différence entre un Président américain et un acteur de cinéma.

  

  

  

Vendredi 8 avril 2005 10h15, Le Pape suite, le prince Rainier est mort

Aujourd’hui, funérailles du Pape. Un événement « planétaire », d’après les chaînes occidentales. Certes, ils sont tous là, et beaucoup de chefs d’Etat de pays arabes et musulmans : l’Iran, la Syrie, Bouteflika (qui n’allait pas rater l’occasion), les Saoudiens etc..

Il y aussi Bush et les anciens présidents américains, Clinton et Bush senior, Chirac et tous les dirigeants occidentaux, Kofi Annan etc.. etc..

Cela prouve aussi la dimension de ce Pape, humaniste, humain, sa force morale, ce consensus le concernant. Il a été intransigeant sur les droits des Palestiniens, même s’il a été le premier Pape à reconnaître l’Etat d’Israël. Il n’aimait pas Bush et ne lui a pas pardonné sa guerre contre l’Irak.

Mais de là à dire un événement planétaire, c’est encore l’Européocentrisme. La présence des dirigeants de la planète, n’est pas celle des peuples : Eux en Asie, dans le monde arabe et ailleurs vaque à leurs occupations.

Bizarre, comme on découvre à cette occasion comment les nouvelles contradictions politiques et sociales du monde actuel trouvent leur expression religieuse. La religion fonctionne toujours aussi comme idéologie : les contradictions entre l’Europe et les USA s’expriment dans la lutte actuelle entre le catholicisme et les Evangélistes, notamment au Brésil. Dans ce type de situation, le catholicisme français a tendance à se rapprocher des musulmans même si culturellement la France garde la culture des croisades. L’Angleterre protestante est plus proche des USA. Les juifs se sentent plus proches des protestants version évangéliste et s’éloigneront, probablement, de plus en plus , des catholiques.

Le Prince Rainier de Monaco est mort aussi et ses funérailles sont pour aujourd’hui. Le Pape lui a ravi la vedette. Etrange, le rôle que joue les circonstances dans la vie et la mort.

  

Mardi 19 avril 2005 20h08, le chauvinisme, E=MC2

Surprise, le nouveau Pape vient d’être élu, très vite, en deux jours environ. Il s’appelle Benoît…et c’est un allemand…qui a pris le nom d’un Pape français. La nouvelle alliance européenne se confirme là aussi comme sur l’Irak. Ce sont les USA qui ne doivent pas être content.

Encore un débat hier, sur France 2, sur la Constitution européenne. Les sondages donnent désormais le non à 55%. Il a encore grimpé après l’intervention de Chirac de la semaine passée dans un débat avec des jeunes. Chirac, plein de bonne foi, mais maladroit et vieillissant. Il n’a pas cessé de se répéter sur « les valeurs européennes » à défendre. Un discours abstrait et plein de rhétorique. Typiquement français.

Au débat d’hier, il y avait la gauche représentée par Max Gallo, un historien français. Il représente bien cette gauche républicaine, ce discours sur les droits de l’homme, typique lui  de cette gauche chauvine et coloniale qui a toujours justifié idéologiquement le colonialisme. Le PCF a lui aussi le même discours. Il n’y a pas plus nationaliste au fond que lui. Les raisons du non sont clairs quand on lui enlève le verbiage de gauche contre ‘l’ultra libéralisme » : les français, comme concernant les émigrés, ont peur que l’entrée « des va nu pieds »de l’Est de l’Europe et de la Turquie, baisse leur niveau de vie. La gauche donne l’habillage de défense des acquis sociaux, des conquêtes ouvrières françaises etc.. mais elle est exactement , sur les mêmes positions que de Villiers ou Le Pen, comme l’étaient leurs pères à l’époque coloniale. Convergence du même nationalisme chauvin, celui populaire, des plus pauvres qui craignent pour leur RMI, et les aides sociales.

Cette gauche chauvine dénonce aussi la perspective « des délocalisations » industrielles qui s’en suivraient du fait de l’attraction qu’exercerait les bas salaires actuels dans les pays de l’Est. Du même coup, l’envahissement des produits chinois, notamment textiles, est dénoncée, comme le fait exactement les USA. Le danger de la Chine ! Il y a quelque chose de  choquant et de répugnant dans tout cela. C’ est, au fond, profondément réactionnaire. Tout était normal quand c’étaient leurs produits qui envahissaient le monde dominé ! Là il s’agissait de progrès et de civilisation.

 Le ton du discours et des arguments de Max Gallo et de De Villiers était significative : Véhémence, arrogance chauvine, notamment à l’égard du socialiste espagnol président du Parlement européen, qui participait au débat, absence totale de courtoisie. Lui d’ailleurs regardait et écoutait, étonné par tant de vulgarité. Il avait des arguments simples et concrets, intelligents, qui tranchaient avec la rhétorique emphatique française. Il était élégant. Je me suis mis à réfléchir alors à cette catastrophe qui nous a emprisonné dans cette culture et ce style francophones, hargneux, polémique, méprisant envers l’adversaire, intolérant. Dès qu’on a le contact avec d’autres cultures, on s’aperçoit de ce qu’on perd et de ce que nous avons perdu.

Réflexions éparses de cette semaine :

-         le moteur du capitalisme ce sont les inégalités. Là elles jouent un rôle positif dans le développement économique. Dans le socialisme, comme nous l’avons vécu, il y avait les inégalités et elles se sont développées. Mais là, elles jouaient un rôle négatif, de blocage du travail est de la Société. Les Social-démocrate et « le renégat » Kautsky, comme le qualifiait Lénine, avaient donc raison. Impossible de passer au Socialisme dans le sous développement et sans l’économie de marché. La réponse est aujourd’hui visible quand on regarde la Chine et ses progrès fulgurants. Avant, son économie pesait à peine celle de la Belgique, et maintenant elle devient rapidement une des principales puissances économiques. L’Histoire serait elle injuste à ce point.

-         Dans l’espace, pourquoi y a t-il ce noir, pourquoi la lumière ne l’éclaire-t-elle pas. La lumière n’est donc pas de la lumière, mais simplement de la matière comme doit l’être ce noir de l’espace. Quelle matière est- ce, qui occupe l’essentiel de l’espace sans qu’on se heurte à elle, une matière qui n’en est pas, le côté clair et le côté obscur, le « bien et le mal », un autre Univers.

-         La vitesse permet d’échapper à l’attraction, à la gravitation. Mais la gravitation, l’attraction, la pesanteur qui en découle, est elle même le résultat de la vitesse. Qu’est donc la vitesse. E=MC2, cela suffit-il à l’expliquer. L’énergie se transforme en vitesse et la vitesse en énergie. Mais que sont-elles ? Etablir un rapport entre elles n’est pas les expliquer.

  

8 mai 2005, « l’appel aux indigènes », l’échangisme

  

8 mai 45, 8 mai 2005; 60 ans

Débat sur la chaîne 5 française, dans l’émission de Serge Moatti; très vite, ce qui vient au centre du débat c’est « l’appel aux indigènes » que viennent de lancer, en France, des noirs. Il y a aussi la création en France d’une Union des Africains. On parle aussi du texte sur « le racisme anti blanc » que viennent de sortir des intellectuels français avec Bernard Kouchner. Autour de la table un panel  de personnalités de différentes sensibilités sur la question du racisme et la question coloniale: Benjamin Stora, un Américain très francophone, un  député des Dom tom, un Arabe maghrébin , un jeune noir, et un autre historien. On retrouve, à travers ce qui est dit, au fond, exactement les mêmes sensibilités et les mêmes débats qu’à l’époque coloniale, même si Benjamin Stora, l’américain, et la député des Dom tom dénoncent vivement le fait d’affirmer que la France est toujours coloniale et la tendance « à plaquer des analyses anti coloniales ( (le mot Indigènes » dans l’appel ) sur les réalités d’aujourd’hui ». Mais c’est la même chose, seule la forme a changé, le fond des problèmes restent le même, la preuve ce débat. La preuve aussi, les participants à ce débat: la député des Dom tom est, sous une forme moderne, l’assimilé de naguère avec le même discours sur la République, « une nation française des droits de l’hommes capables d’accueillir tous ses enfants », « la France à ne pas confondre avec les racistes » etc.…Le côté moderne de son discours, c’est simplement qu’on dit que l’identité nationale « n’est pas figée », « doit évoluer », bref se métisser. L’Américain, lui reproche dans cet appel « aux Indigènes » qui vient d’être publié, cette tendance à se poser en victime, à vouloir s’unir en un groupe social, une communauté particulière, et y voit une contradiction avec la volonté de lutter contre les discriminations puisque s’unir est déjà, selon lui, une discrimination. Raisonnement spécieux. Stora essaie de se camper dans le rôle et la distance de l’Historien et voit la solution dans l’éducation et l’enseignement notamment de l’Histoire coloniale. Comme si un seul historien ait jamais réglé les contradictions sociales, lesquelles, les sociologues le savent, eux qui ont renoncé à se placer au dessus la société et à être normatifs, lesquelles donc obéissent à une logique de conflits d’intérêts et non à la logique tout court, à la vérité.

Il y a quelque chose de subtil, d’indéfini, de pernicieux dans tout ce que dit ou ne dit pas Stora, avec ses airs qui se veulent objectifs et anti colonial. Il dit par exemple qu’il distingue la mémoire et l’Histoire, et ce contre quoi il est « c’est une guerre des mémoires ». Des mots, pour éviter d’affronter les faits. Lui aussi est contre la « victimisation ». Alors que la vraie question est: est ce  qu’il y a des victimes du racisme ou non. Et si oui, pourquoi leur reprocher de le dire. Or c’est en le disant, en s’unissant pour le dire, qu’ils luttent contre le fait d’être des victimes et qu’ils montrent leur volonté de ne plus l’être. C’est ce qu’on fait les juifs, et c’est du moment qu’ils ont fait reconnaître leur statut de victimes, qu’ils ont affirmé et imposé en même temps qu’ils ne devraient plus l’être. D’ailleurs, Benjamin Stora est soudain étrangement attentif lorsque le jeune noir marque sa solidarité avec Dieudonné, qui a justement dénonce » que la dénonciation du racisme se limitait trop à celle de l’antisémitisme », ou que le Maghrébin, comme le noir, font remarquer aussi, qu’ils se sont éloignés des associations françaises antiracistes quasi institutionnels  » Licra, Mrap, SOS racisme » parce que justement elles ne s’occupaient pas assez des autres racismes, ce qui amène là véritablement à la discrimination sociale. On apprend, au passage, que la CGT, a refusé de leur donner une salle pour un meeting autour de cet « Appel aux indigènes ». La CGT fidèle à ce côté obscur des communistes français, chauvin et nationaliste.

 Benjamin Stora, comme Bernard henry Lévy n’arrivent pas à dépasser le fait qu’ils sont juifs, et être seulement des intellectuels. Mais peut on dépasser ce qu’on est. Je ne le crois pas, qu’on soit arabe, juif, occidental, américain etc.. Mais l’honnêteté est de le comprendre, et de comprendre que l’objectivité n’est pas une question individuelle mais seulement le résultat, la résultante des luttes, des conflits d’idées, des points de vue différents.

J’ai beaucoup pensé au couple ces dernières semaines. Là aussi le problème comme toujours c’est qu’on refuse les faits: finalement la période dans le couple, où le couple social, officiel, et le couple sexuel fusionnent, est forcément limitée. Disons, dix ans, à tout casser? Et après? Que fait on les deux, lorsque l’attirance sexuelle faiblit ou s’éteint. Le couple social et le couple sexuel, forcément alors se séparent, qu’on reste ensemble sans vie sexuelle et même en restant fidèle, ou que l’un des deux ou chacun trompe l’autre en essayant de récréer ailleurs le couple sexuel tout en conservant le couple social, ou, plus radicalement en se séparant, ou en divorçant.

Une autre solution c’est de reconnaître simplement  ces faits. D’évoluer, comme cela se fait d’ailleurs de plus en plus souvent, vers une autre conception de la fidélité, ou la fidélité  n’est plus sexuelle, ou la fidèlité sexuelle n’est plus le fondement du couple,  vers d’autres formes de sexualité du couple, ou le couple reconstruit son intimité sexuelle, sa communication sexuelle, c’est à dire sa complicité de couple, sous d’autres formes. C’est peut être la raison du  succès de l’échangisme actuellement ou d’autres variantes de la nouvelle sexualité du couple.

  

11 mai 2005, 19h19 Encore l’Islamisme, El Quaida etc…

Hier, sur la chaîne Arte, encore un débat, le sempiternel débat sur l’Islamisme. 3 personnes, l’animatrice, une Turque, qui tient là le rôle de la bonne musulmane, « heureuse d’être dans un pays démocratique où les femmes sont libres, et un Français, la bonne cinquantaine, très brillant mais de ce genre d’intelligence froide, politique, le genre d’intellectuel qu’on ne voit pas souvent et qui participe à l’élaboration de la politique officielle, la vraie, celle dont on ne parle pas dans les médias. Et voilà, en résumé, ce qu’il dit:  » l’Islam ne nous dérange pas en tant que pure religion ( il appuie sur ces mots), mais en tant que culture c’est une autre affaire. La particularité de la France, par rapport à d’autres pays européens c’est de ne pas être multiculturelle. Les immigrés chez nous n’ont pas d’identité culturelle, ils l’ont perdu, ils se tournent vers l’Islam à la recherche de quelque chose d’idéal. L’islam radical, ce n’est pas un problème quand il est seulement générationnel, quand il touche les jeunes; ça on connaît, et on sait gérer par la police ou d’autres moyens. Nous mêmes, dans les années 60, jeunes, nous avons été radicaux. L’Europe connaît le radicalisme et sait le gérer. Le danger c’est quand le discours radical touche la masse. A cette masse, il faut donner l’Islam comme pure religion, et il faut donc savoir mettre en avant les éléments modérés de cette masse. Mais l’Islam en tant que culture, c’est autre chose, c’est faire rentrer en Europe l’anthropologie culturelle du proche Orient, la Palestine, l’Irak et là c’est autre chose ». Je pense, poursuit il, que « l’islamisme actuel, n’est pas le résultat de ce qui se passe en Palestine, en Irak, mais celui de la globalisation. Comme l’Evangélisme qui s’étend actuellement, de la même manière que l’islamisme, et qui ne se préoccupe en rien des cultures des pays où il s’implante ». Très intéressant.

Le même soir, cette fois ci sur la chaîne 1, à l’émission littéraire de Poivre d’Arvor en rediffusion. Encore l’Islam, la Palestine etc.. Le thème principal, les otages, représentés ce soir par un ou deux ex otages qui ont écrit sur cette expérience. L’un d’eux, un français, parle de sa captivité au Liban, sans trop s’étendre, bizarrement, puis prend ce ton qu’on a appris à reconnaître, faussement détaché et neutre, pour dire  » en Irak, bien sûr il y a des erreurs, des fautes, il y a eu des choses sur lesquelles on ne peut être d’accord, mais Bush est en train de gagner son pari de la démocratie », et on comprend qu’il est venu pour dire surtout ça, de la propagande. Un peu plus tard, il perdra toute précaution, et il parlera du Hezbollah au Liban avec passion et haine: « une bande d’égorgeurs! »Et, soudain, on aimerait savoir pour quelle raison, ce « journaliste » avait été pris en otage au Liban.

Il y a aussi ce jeune avocat, fanatiquement juif et pro israélien, qu’on voyait souvent dans les médias et qui avait disparu ces derniers temps, un certain Kraufeld, ou à peu près ce nom. Entre temps, il s’est engagé dans l’armée Israélienne, et il en rapporté un livre « Israël transit ». Beaucoup de tapage organisé autour de ce livre: il était passé avant hier aussi dans l’émission de Thierry Ardison, « Tout le monde en parle » qui prend soin régulièrement d’inviter les représentants intellectuels du Lobby juif, et pratique une politique subtile d’équilibre. Ce Kraufel prend ce même air pseudo détaché et ce ton neutre et sobre, pour expliquer que « le problème ce sont les kamikazes palestiniens et que s’il n’y en avait pas, il n’y aurait pas besoin de contrôles, de barrages, de violences israéliennes, qu’il faut bien se défendre, qu’il est d’accord avec un Etat palestinien avec Jérusalem Est pour capitale, mais que le problème ce sont les Palestiniens qui veulent le retour, ce qui ferait des israéliens une minorité, et que ça , ce n’est possible. » Il prend bien soin d’être sobre, de ne pas en rajouter,, d’être modeste ( « dans l’armée israélienne, il n’a pas pris de risques particuliers »), de rappeler à plusieurs reprises que son grand père paternel était dans la Wermach et son grand père maternel, lui dans un camp de concentration, et qu’il est donc par essence pour la réconciliation etc..

On reste ébahi par tant de cynisme et d’innocence cruelle. Le même discours qui toujours se répète: les indiens présentés comme des « scalpeurs », les algériens en lutte, « des fellagha et des égorgeurs », les noirs etc.. la victime qui devient coupable. Et puis quel aveu! Si le retour fait d’eux la majorité, c’est que la Palestine est bien leur pays. Et comment les juifs peuvent ils leur refuser le retour après cinquante ans dans des camps de réfugiés eux qui le réclament après cinq mille ans au nom de vagues références bibliques. Mais que reste –t-il de la logique dans le monde de l’Amérique impériale. Seulement l’absurde.

Plus intéressant est un autre livre présenté, intitulé « El Qaida ». Les 2 auteurs y font remarquer que ce nom n’a jamais existé, inventé, un jour, par un juge américain qui ne savait pas comment les nommer. Benladen était lui même étonné par ce nom puisqu’il a dénommé son mouvement « Front de lutte contre les croisés » paraît il. Lui, qui n’a jamais revendiqué tous les attentats qui lui sont prêtés et qui effectivement, comme le font remarquer les 2 auteurs, « en prend acte » pour certains, dans ses déclarations. C’est le  n° 2, ou 3, ou 4 d’ « El Qaida », qu’on arrête, périodiquement, à grand renfort de propagande . La tarte à la crème de cette organisation mystérieuse et tentaculaire  mais qui sert bien l’idéologie actuelle de « la lutte antiterroriste ».

  

Vendredi 13 mai 05, 12h12, Les frontières, un petit avion sur Washington

  

Tiens, une date qui m’en rappelle une autre qui m’a fait comprendre beaucoup de choses. Le coup d’Etat colonialiste d’Alger en 1958.

Peu de choses ont changé finalement: ce matin, je regardais un débat sur la télé Suisse concernant l’émigration. Eux aussi! La même peur, les frontières à surveiller, à fermer.

Les mêmes qui au nom de la liberté disaient qu’il fallait ouvrir les frontières à l’époque de l’URSS.

Etrange, on parle en même temps de Globalisation, de Mondialisation, et jamais les frontières n’ont été aussi fermées.

En Amérique, en Occident, on ne parle que de cela. Sur la télé suisse, un douanier annonçait, avec un cri de victoire, le nombre d’immigrés « captés » à sa frontière. Villepin, en France, fait les mêmes communiqués de victoire.

Et c’est l’Occident, qui a envoyé ses immigrés partout dans le monde, qui a peuplé l’Amérique, l’Australie, la Nouvelle Zélande etc.. plus les pays colonisés, qui se plaint de l’émigration.

Avant hier, scène comique: à Washington, la foule, les fonctionnaires américains qui sont pris de panique et quittent en courant et en se bousculant les bâtiments officiels, le Capitole, le Pentagone. La raison: un petit avion de tourisme dans le ciel de Washington. Quels trouillards! C’est plus facile de bombarder l’Irak ou les Palestiniens. Bush a-t-il eu aussi la trouille ce jour là, comme le 11 Septembre. On dit qu’il n’était pas à la Maison blanche et qu’il faisait du sport. Tiens…

Si cela pouvait au moins les f            aire réfléchir à ce qu’ils font subir chaque jour aux autres peuples, à l’Irak bombardée, hier comme aujourd’hui et où pourtant personne ne panique ainsi.

Le fantasme du terrorisme leur sert, mais il a aussi des conséquences imprévues.

  

Samedi 14 mai 2005, 8h43, Hassi Messaoud, les touaregs, la Sonatrach, les Kabyles

Hier, j’ai visionné une cassette sur ce qui s’était passé à Hassi Messaoud: 300 hommes, d’après certains journaux qui se sont rués sur le quartier des femmes, pour eux des prostituées, et qui ont saccagé, violé et même tué aux cris de « Allah ou Akbar ». Un reportage d’un algérien.

A l’époque, on avait parlé d’islamistes. Le reportage a cela de bien qu’il questionne tout le monde, les hommes, les femmes, des femmes qui ont été violées et l’une poignardée et laissée pour morte. On en découvre des choses: la misère à Hassi au milieu des richesses du pétrole, pas de travail, les natifs de la région parqués comme des indiens, les touaregs étrangers dans leurs propres pays, le régionalisme (arabes, kabyles, touaregs) utilisés par les autorités et la Sonatrach pour diviser. Un milieu d’hommes où les femmes, si elles sont dociles ou acceptent de se prostituer trouvent immédiatement du travail, tandis que les hommes, les jeunes sont au chômage. L’humiliation quotidienne qu’ils ressentent. Et alors on comprend mieux  ce qui s’est passé. On traite les gens comme des bêtes et on s’étonne ensuite qu’ils se conduisent comme des bêtes.

Il faudra aussi un jour se pencher sur ce que fait la Sonatrach. Elle est là, énorme et silencieuse, se fait oublier. Mais c’est un Etat dans le Sud de l’Algérie, et un Etat colonialiste et raciste aux yeux des  gens du Sud.

Il y a deux jours je crois , j’avais parlé de ce débat sur la chaîne « Arte » ou un français exposait brillamment et cyniquement leur stratégie concernant l’Islam. Ce qu’il disait était juste concernant la religion en tant que « pure religion » qu’il dissociait de la religion en tant qu’identité culturelle. Par exemple pour la Kabylie: les kabyles ont deux repères identitaires, l’Islam et la culture Amazigh. Le développement de la revendication identitaire les amène à mettre plus l’accent sur la 2eme composante puisque c’est elle qui les différencie. On peut même y voir la raison, chez certains courants, d’une opposition à l’Islam ou de positions laïques. D’autres, marginaux, peuvent même, par ce mécanisme, être un terrain au christianisme ou même à l’évangélisation, comme il y a eu des cas chez les extrémistes parmi eux, pendant les évènements de Kabylie. On en a vu aussi qui ont essayé de faire revivre d’antiques coutumes païennes comme le nouvel an berbère. L’Eglise catholique en Algérie, naturellement alors, met l’accent sur l’identité amazigh. Ce n’est pas un hasard que les quelques kabyles algériens chrétiens, comme les Amrouche par exemple, ont été le noyau le plus actif de la langue berbère et de sa réhabilitation.