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Archive pour juillet 2006

du 22 Janvier 2006 au 14 juillet 2006

Vendredi 14 juillet 2006

  

Dimanche 22 janvier 2006

Il y a deux ou trois jours deux nouveaux messages de Ben Laden parvenus à la chaîne El Djazira. Au bon moment pour Bush, pour relancer la psychose terroriste aux USA. Etrange…Les médias français insistent surtout « sur les menaces » contenues dans les deux cassettes, en atténuant ou en oubliant carrément le reste des messages où est proposée « une trêve » si les américains quittent l’Irak et où Ben Laden dit qu’il n’y a « que les marchands d’armes qui profitent de la situation ». Ils ne s’interrogent même pas, ou très peu, sur le fait que tout le monde peut envoyer une cassette comme cela et que rien ne garantit la véracité de l’information.

Par contre, en même temps des images sont présentés du bombardement par les USA d’un village pakistanais à la frontière afghane, ce qu’ils appellent la « zone tribale où se cache Ben Laden ». Des enfants ont été tués, des petites filles, des petits garçons. Pas un mot là dessus,, ou bien c’est mentionné simplement, et on regrette surtout qu’un des compagnons de Ben Laden était là mais aurait échappé à la mort. On reste confondu par un tel cynisme.

Il y a quelque jours, un très bon reportage sur la chaîne française « ARTE » sur les années 90 en URSS, l’entrée dans l’économie de marché, l’effondrement de l’URSS, la main basse sur la Russie d’une poignée d’oligarques, puis leur chute avec Poutine etc.. Ce qu’il y a de permanent c’est cette impression toujours de bizarre, d’incohérent, d’atypique pour tout ce qui passe dans ce pays, que ce soit la Russie d’avant hier, l’URSS d’hier ou la Russie d’aujourd’hui. Cette impression de bizarre qui vous saisit à travers même les personnages des écrivains Russes, leur violence ou leur caractère grotesque, chez Dostoïevski, Tolstoï, ou les pièces de théâtre de Gogol, même impression que j’avais aussi avec Lénine et la Révolution, ces usines d’armement où les insurgés prennent leurs armes et dont on ne sait à qui elles appartiennent, ces trains blindés, ce chaos, ces décrets pris par Lénine à la pelle sans aucun souci de forme juridique sur de grands problèmes ou de petits détails comme l’approvisionnement, la réquisition par l’Etat de la production de blé, déjà des usines dont on ne sait pas à qui elles sont, de quelle propriété elles relèvent. L’impression qu’on fait n’importe quoi et qu’on se trouve devant des masses passives qui acceptent, alors qu’ailleurs on juge de la force d’un parti, d’une association à son soutien populaire, aux masses qu’il met en mouvement dans des manifestations..

De même, pour Aujourd’hui. Le reportage nous raconte comment Eltsine a éliminé Gorbatchev, comme cela, du jour au lendemain sans résistance aucune, sans réaction populaire visible, et puis ensuite comment il a éliminé le parti communiste dont l’influence était remontée au Parlement, à coups de canons de blindés sur le parlement, comme cela aussi, sans résistance ou mouvement de la Société comme cela se passe ailleurs. Que sont devenus ces gens qui votent pour lui, ont –ils disparus, masse informe et amorphe?

Ensuite on nous raconte comment les oligarques, 8 personnes, ont fait main basse sur l’économie et les richesses de l’URSS: pour passer à l’économie de marché, on émet des bons, des actions par millions pour que chaque russe soit propriétaire de ces richesses. Inédit, étonnant! Comment a ont découpé ces richesses, ces usines etc.. incompréhensible. Et puis comment les oligarques ont récolté ces actions les ont rachetées par les banques dont ils avaient pris le contrôle. Comment ils ont fait tout cela en liaison avec la famille de Boris Eltsine devenue toute puissante. Comment ils font nommer au Parlement et destituer des premiers ministres, devant un parlement qui semble lui aussi amorphe, ne répondant à aucune norme. Comment ensuite, la popularité de Eltsine s’effondre et les oligarques arrivent à le faire réélire en mobilisant leurs moyens financiers. Là encore, impression d’une population amorphe, qui va voter sans qu’on sache  comment, pour qui, de quelle façon. Comment ensuite les oligarques favorisent la montée de Poutine, qui se retourne contre eux, les emprisonnent, et leur fait….rendre leurs actions d’entreprises comme l’Aéroflot, les banques, le pétrole, le gaze, l’aluminium, l’industrie automobile etc.. On a l’impression que l’Etat est tout, que tout se déroule en haut et que les russes suivent, qu’ils sont soumis, qu’il y a une société anomique, et depuis toujours. En Algérie, qui n’est pourtant pas un foudre de démocratie ou d’organisation sociale développée, tout cela serait impensable, il y a une cohérence, une rationalité minimale qui est respectée dans l’attitude de l’Etat, la forme de ces décisions etc.. Etrange pays que la Russie et étrange peuple.

  

La semaine passée, les accusés innocentés de l’ affaire d’Outreau ont témoigné de leur calvaire devant une commission de l’Assemblée nationale française. L’Affaire d’Outreau, c’est une affaire de pédophilie massive dans un quartier, en fin comme elle a été présentée. Les énonciations se succédaient, notamment de la part des enfants, chacun faisant de la surenchère, les voisins y passaient un à un, un milieu populaire de tous âges, avec des visages honnêtes, un parler vrai. Des dizaines de personne. Je regardais leurs visages lisses et honnêtes et cela semblait, je crois à tous, irréel, insensé. Le juge les a mis en prison, certains pendant trois ans, l’un s’est suicidé.

Cette affaire a un goût de sorcière de Salem, quelques siècles après, dans la société occidentale moderne et démocratique. De la même façon, des enfants dénoncent , « la vérité sort de la bouche des enfants » disait, citant les textes religieux, un des pasteurs accusateurs des sorcières de salem. La même inquisition. La même hystérie qui gagne tout le monde, comme celle qui a gagné Outreau puis les médias français où on était prêt à croire n’importe quoi. Le sexe au centre, comme dans les sorcières de Salem. Mais sous sa version moderne la pédophilie. On peut multiplier les rapprochements. Peut être aussi la fièvre évangéliste en Occident, le slogan de Bush de l’empire du mal, la chasse aux terroristes, la peur de tout, la grippe aviaire, la vache folle etc.…

En France, on essaie de trouver la cause dans le fonctionnement de la justice, les pouvoirs du juge d’instruction. Mais personne ne cherche à fouiller dans le contexte, économique, social. Cette hantise de la pédophilie, à un moment donné, qui la fait voir partout. Pourrait on comprendre la même hystérie des procès staliniens sans leur contexte, la Russie d’abord, le fascisme, les difficultés économiques qui viennent rencontrer la paranoïa d’un homme et la transformation du communisme en religion avec son église, le politbureau et ses prêtres.

  

Bizarre, ces nouvelles maladies, le Sida, la grippe aviaire. On suppose que les dinosaures ont disparu à la suite d’une catastrophe naturelle.  Pourquoi ne pas réfléchir plus simple: tant que le nombre des représentants d’une espèce est réduit, ils sont des groupes isolés les uns des autres et les maladies ne peuvent se propager. Mais dés qu’ils occupent entièrement la surface de la terre, c’est le contraire et les maladies se transmettent, se propagent facilement. Peut être alors une maladie, un virus a eu tout simplement raison des dinosaures. Peut être est-ce aussi le danger qui guette désormais l’espèce humaine.

Un ami reprochait à S la dernière image de son film, un happy End avec  le couple regardant un soleil couchant. Il a qualifié cela de cliché. J’ai dit à S « mais le bonheur est un cliché, par définition ».

Le « colonialisme positif » continue d’être au centre de la polémique en France et entre la France et ses anciennes colonies.

En Algérie, il aura fallu que des français dénoncent une affirmation aussi absurde pour que notre élite francophone la dénonce  ou fasse semblant de le faire.

Depuis des années, les journaux algériens francophones nous chantaient finalement l’air du colonialisme positif en défendant le rôle positif de la langue française. Kateb Yacine, leur porte parole littéraire, celui dans lequel ils se reconnaissent, la qualifiait de  » butin de guerre ». Il oubliait simplement de dire: pour qui?  pour la France, et ceux qui lui sont attachées ici, ou pour les algériens.

Ils veulent tous faire oublier ce qu’ils disaient hier sur le colonialisme qui d’après eux, avait fait entrer en l’Algérie des éléments de modernité.

C’est ce que disaient par exemple, en 1990, Les « communistes »( les guillemets s’imposent) algériens, au  premier et dernier Congrès au sein du PAGS, qui avait ressorti, pour les besoins de la cause, un vieux texte de Marx sur l’Inde.

Voilà ce qui était écrit,  dans le document central de ce congrès, le « projet de résolution politico-idéologique »: « La colonisation française a bouleversé et détruit les structures de la vieille société algérienne. Elle a semé la terreur, la famine et la misère. Elle a provoqué révoltes et insurrections et les a réprimés dans le sang. Cependant la logique destructrice même d’une colonisation telle que la colonisation française contient sa propre nécessité contradictoire: elle est contrainte malgré elle de poser certains fondements d’une société moderne et elle le fait avec d’autant plus d’ampleur et de détermination qu’elle est une colonisation de peuplement. » (p 2) Et plus loin: »…bien que cela fut fait dans l’intérêt égoïste et exclusif de la France et de sa colonie de peuplement, le capitalisme français était toutefois obligé de créer une certaine base matérielle et technique pour exploiter l’Algérie. En ce sens, et en ce sens seulement; il était obligé d’introduire un certain progrès: ports, chemins de fer et routes… » etc.. etc..

Un texte qui ne dit pas autre chose que les tenants du « colonialisme positif »: « le colonialisme a commis des méfaits mais il a eu aussi des aspects positifs ». Ici, on prend simplement la précaution de dire qu’il y a été « obligé », que ça s’est fait en dehors de sa volonté. Texte honteux, où la dialectique de la réalité est réduite à une dialectique formelle de jésuite, « d’un côté du bien d’un côté du mal, il y a le contre, mais il y a aussi le pour ». Tout le monde s’y retrouvera!

Il en reste une affirmation essentielle: le colonialisme a ouvert la voie de la modernité à l’Algérie. Or en réalité, il l’a bloqué.

Si j’ai cité longuement ce texte c’est qu’il résume à merveille l’idéologie coloniale, ou plus exactement l’idéologie post coloniale, qu’on retrouve dans le pays ex colonisateur mais aussi dans le pays ex colonisé, dans de larges milieux sociaux algériens, aussi bien dans la gauche que dans la droite de la société post coloniale algérienne..

L’idéologie coloniale, comme le communisme version vulgaire , fonctionne par tautologie. La théorie du « colonialisme positif », revient à dire que…. de tout mal résulte un bien.C’est comme si on disait que le nazisme avait été positif puisqu’il avait permis de développer la technologies des fusées et ouvert donc les voyages dans l’espace ( j’allais écrire conquête de l’espace automatiquement, routine des expressions que l’on repère inconsciemment), qu’il a été finalement la cause de la création de l’ONU, du bannissement de l’antisémitisme etc..

Ils oublient simplement de dire que le colonialisme a été positif mais pour ceux français, et même algériens, qui en ont bénéficié, mais en y perdant leur âme.

Il y a deux ou trois jours, débat à l’émission « C dans l’air » de la chaîne 5 française, sur ce thème, plus précisément sur  l’esclavage, et le débat à ce sujet actuellement dans les colonies restantes françaises, c’est à dire les Dom Tom, Martinique, Guadeloupe etc.. Consensus pour définir l’esclavagisme comme un crime contre l’humanité. Bien sur, là pas de risque, un débat dépassé, l’esclavage n’existe plus. Quel courage!

Par contre, on tient bien à faire la différence avec le colonialisme, et on se refuse à relier, dans ces territoires, l’histoire du colonialisme et celle de l’esclavage. C’est le cas notamment, d’un participant au débat, apparemment un métis, qui défend les bienfaits du colonialisme en Martinique, il utilise l’expression de « présence française ».

L’animateur s’étonne qu’il y ait consensus là et divergences là. Personne n’a l’idée de lui dire que c’est justement parce que l’esclavage a disparu mais que le colonialisme existe bel et bien encore en Martinique.
Tiens, j’y pense, et c’est amusant, encore un aspect positif du colonialisme: il a permis avec l’esclavage aux noirs de voyager, et de peupler des régions du monde où ils ne seraient jamais allés.

J’ai fait un rêve étrange cette nuit. Ma Mère allait mourir et mon père ne le savait pas. Personne, de mes frères et moi, ne voulait en informer mon père. Pourtant mon Père, en réalité, est mort avant ma mère. Ma peine était immense. Mon frère  était sympathique et plein d’affection avec ma mère, alors que dans la réalité, il y avait eu ces conflits entre elle et lui à la veille de sa mort. J’ai donc tout arrangé dans ce rêve. Je pleurais à gros sanglots.

  

Vendredi 3 février 2006 10h40

Que de choses à écrire ou que je devais écrire et que j’ai oublié et que je n’écrirai  jamais. Essayons d’en sauver quelques unes de l’oubli.

Il y a d’abord cette victoire de du parti Hamas en Palestine aux élections législatives. Victoire écrasante, démocratique, par les urnes, comme avait été celle du FIS en Algérie, du mouvement islamiste en Turquie, des frères musulmans en Egypte, et des des partis musulmans en Irak si les américains laissaient faire, et finalement partout, dans les pays arabes où on s’en remet aux urnes.

Stupéfaction ( feinte ou réelle?), panique, haine, mépris dans les médias occidentaux et Israël, chez toutes et tous, comme un seul homme. L’argument absurde, déjà entendu en Algérie, qui est ressorti une nouvelle fois: « Hitler aussi l’avait emporté par les urnes ». Argument absurde car il consiste à exporter vers nous leur Histoire, une histoire qui n’a rien à voir avec la notre, à penser notre histoire avec leurs repères, en oubliant que le nazisme comme le colonialisme est le produit de leur Histoire et de leur civilisation moderne, celle des Maîtres et que même leur démocratie est impériale comme celle de tous les empires, et qu’elle a toujours eu une odeur de massacres, de sang et d’oppression. Mais le maître ne pense-t-il pas toujours que la liberté, la démocratie n’est bonne que pour lui, et ne l’est pas pour l’esclave. C’est exactement ce qui se passe. Dans cette panique, cette haine, il y a sans cesse, cette idée dite ou implicite que la démocratie n’est pas faite pour les arabes, qu’elle est ici dangereuse, la preuve: Hamas!! L’universalité de ces valeurs, dont ils se gargarisent, et ils le clament eux mêmes sans s’apercevoir de cet aveu qu’ils font alors sans cesse, cette universalité ils n’y croient pas, puisqu’ils l’arrêtent aux frontières arabes.

Le quartet (USA,Europe, Russie et Secrétariat Général de l’Onu ), ce qu’ils appellent la communauté internationale, se réunit immédiatement. La déclaration est lue par Koffi Hanan qui se déshonore une nouvelle fois, en lisant le communiqué que lui dicte ses maîtres et là encore, tout un symbole, en tournant le dos à l’Universalité qu’il est censé représenter. Un ultimatum est adressé à Hamas: il doit reconnaître l’Etat d’Israël, appliquer les résolutions de l’ONU concernant « le processus de règlement du conflit », renoncer à l’action armée, ne plus être une organisation terroriste. Et la sanction est annoncée: arrêt des subsides de l’Europe et de l’ONU aux populations des territoires occupées.

Quelques misérables millions de dollars envoyés chaque année et qui sont une goutte d’eau dans l’immense océan de misère à Gaza et dans les camps de réfugies. Chantage ignoble.

C’est Koofi Annan qui demande à Hamas de respecter les résolutions de l’ONU qu’Israël a méprisé depuis sa naissance.

C’est à Hamas qu’on demande de renoncer à « l’action armée » que mène tous les jours Israël avec des moyens sans commune mesure.

C’est Hamas qu’on qualifie d’organisation terroriste alors qu’Israël a fait du terrorisme d’Etat, des représailles, des assassinats de dirigeants palestiniens, de la politique de terreur sur la population palestinienne depuis sa création, le fondement de sa stratégie.

C’est à Hamas qu’il est demandé de reconnaître l’Etat d’Israël. Monde absurde ou on demande à ceux qui n’ont pas d’Etat de reconnaître un Etat, qui lui existe bel et bien  et qui les opprime. Où l’Etat qui n’a pas besoin d’être reconnu pour exister et qui déploie avec arrogance sa force, et qui a toujours empêché l’existence d’un Etat Palestinien, exige de l’autre une reconnaissance dont au fond il n’a pas besoin. Ou l’Etat qui existe exige de celui qui n’existe pas qu’il le reconnaisse s’il veut exister. Exigence absurde, irrationnelle mais qui cache, comme toujours, une autre logique: celle qui consiste à remplacer le fond par la forme, à déplacer l’attention qui doit porter sur les faits, la réalité ( celle de l’existence d’Israël et de la non existence actuelle d’un Etat Palestinien), à la déplacer vers les intentions, celle de Hamas de « détruire l’Etat israélien ». Un procédé intéressant. Mais il dévoile du même coup, la logique cachée derrière l’absurdité logique et donc la véritable intention: faire de cette reconnaissance exigée de l’Etat d’Israël du même coup celle de la négation d’un véritable Etat palestinien, de sa réduction à une réserve d’indiens américains, à un bantoustan, celle du maître qui exige la soumission, et qui dévoile du même coup ce que veut en réalité le Maître, que soit reconnu pour les siècles à venir qu’il est le maître et que l’autre n’existe que par lui, et à travers lui.

Coïncidence étrange de l’actualité, c’est en même temps qu’a éclaté cette affaire de la caricature de l’image du Prophète dans un journal Danois. Le Prophète représenté avec un visage hirsute de barbe et menaçant, les premières phrases du Coran écrites sur un turban en forme de bombe avec une mèche allumé.

Emotion, indignation dans le monde musulman,. En France, le directeur du journal  » France soir » avait reproduit la candidature. Il est limogé par le propriétaire du journal qui est paraît il un copte égyptien.

Indignation des médias occidentaux, mêmes analyses, mêmes commentaires, même attitude envers le monde musulman, comme un seul homme. On en appelle, avec un air qui se veut objectif, à la liberté d’expression. Un sourire condescendant qui se veut attristé: « les arabes et les musulmans ne la connaissent pas encore, ils ne sont pas habitués aux caricatures. » On ramène des arabes et musulmans de service , tel Chebel, pour expliquer les mœurs étranges des musulmans, le tabou (faux) sur la reproduction de l’être humain, sans songer une minute que les arabes et les musulmans font des photos, des films comme tout le monde, le tabou concernant l’image du Prophète. Et puis, la retenue « anthropologique » et « curieuse » affichée dérape ensuite vite et souvent pour faire apparaître le mépris et une hostilité enracinée culturellement aux relents d’esprit de croisades. Sur la Chaîne 5 française, à l’émission « C dans l’air », il y a l’inévitable « expert des questions arabes », dont je crois avoir déjà parlé, un ex Libanais. Sur les manifestations qui ont eu lieu, il dit méprisant que « les pays arabes sont hypocrites », et que dans ces pays, c’est connu, il suffit de « détourner un ou deux bus » d’en faire sortir les occupants pour organiser une manifestation. Yves Calvi, l’animateur renchérit à tel point que le précédent est lui même obligé de signifier qu’il exagère et que « les arabes ne sont quand même pas des sauvages ». Ici, comme dans tous les médias occidentaux, on cherche à faire un lien entre la victoire électorale de Hamas et cette réaction des musulmans à la publication de cette caricature, et on s’étonne que « Hamas lui n’a pas pris position sur cela ». Mais on y voie vite de la duplicité et la tentative « de cacher sa véritable nature et de paraître respectable ».

Mais s’agit- il de liberté d’expression, si tant est qu’elle existe en Occident sur les sujets qui lui paraissent vitaux: Israël, l’Islamisme, le fondamentalisme etc.. Là, la pensée est unique. L’humoriste Dieudonné a été exécuté médiatiquement pour avoir dit « Isra Heil ! » C’était pourtant  marrant Mais il avait touché à un tabou.

Le vrai problème est que la caricature est venue de l’Occident et qu’elle est assimilée forcément à ce qu’elle est: l’hostilité, le mépris et l’intolérance pour  toute une partie de l’humanité, à sa civilisation et sa culture. Du même coup, cette partie de l’Humanité s’identifie totalement à sa conscience et son identité religieuses et exprime sa révolte en termes religieux, et puise dans la religion les moyens de sa mobilisation et les symboles de sa résistance. La conscience religieuse exprime la conscience sociale. De la même manière, le protestantisme était la forme religieuse de la lutte contre l’oppression de la féodalité et de l’Eglise catholique qui lui était liée.

En Côte d’Ivoire, le colonialisme ou plus exactement le post colonialisme se trouve menacé. Intéressant de voir comment en France, cette quasi unanimité dans les analyses, pour s’attrister » que les Ivoiriens fassent de la France le bouc émissaire de leurs problèmes ».  Coïncidence et ironie de l’Histoire, cela arrive en même temps que la polémique sur la loi du 23 février française sur » le rôle positif du colonialisme ». Si c’était le cas,  les ivoiriens en redemanderaient. Là aussi le procédé est simple: diviser pour régner, les problèmes sont réels, divisions, luttes intestines. Comme au Rwanda, tout est fait pour créer les ingrédients d’une guerre civile et ensuite, on intervient pour l’empêcher, pour défendre les ressortissants français, pour empêcher un bain de sang, enfin la vieille histoire.
Même chose en Irak, ou tout est fait pour opposer chiites, sunnites, kurdes, y compris dans des attentats bien ciblés, sur les lieux de cultes des uns et des autres. Habileté diabolique, les américains choisissent un kurde pour présider le tribunal qui juge Saddam Hussein.

Mais chez les américains, il y a toujours un plus dans la destruction de l’âme d’un peuple, probablement bien mise au point dans le génocide de départ des amérindiens.

En Irak, ils ont privatisé la guerre: des tas de sociétés privés américaines et occidentales interviennent. Des civils armés qui sont en réalité des mercenaires; gardes du corps, sociétés de protection des installations pétrolières, des collabo irakiens, sociétés privés pour former les policiers irakiens. Ces « coopérants »  font le coup de feu avec les soldats américains. Dans un reportage sur ARTE, des mercenaires d’une société privé de sécurité italienne parlent. Ils ont peur, « aiment l’aventure », et les salaires sont entre 10 000 et 20 000 euros par mois. Quatre d’entre eux  seront pris en otage et exécutés par des fedayins irakiens. Ce sont justement les mêmes pour qui il y avait eu une mobilisation de l’Opinion en Italie pour demander aux ravisseurs « la libération de ces « techniciens » venus participer à la reconstruction de l’Irak.

Pour passer à tout autre chose: étrange cette idéologie homosexuelle qui se constitue actuellement. Son argument central, c’est la lutte contre la discrimination des minorités, leur reconnaître les mêmes droits « pour le mariage, l’adoption etc.. Je regardais lors d’une émission la conjonction intéressante entre cette idéologie et les positions d’un écologiste comme Noël Mamer. Pourtant dans un cas, l’écologie, il y a la défense de la nature, la conscience qu’il ne faut pas jouer avec la nature et qu’autrement nous en payons le prix, comme ce siècle l’a montré, et dans l’autre, l’homosexualité le refus de l’argument de la Nature, de l’ordre naturel. Problème interessant.

Il ne faut pas écrire pour aujourd’hui, mais pour demain.

Je pense ouvrir un blog.

  

Vendredi 17 fevrier 2006

  

Incroyable! Samedi passé le Vice Président des Etats Unis Dick Chenney était à la chasse et a tiré sur un avocat Texan. Celui ci aurait fait un infarctus, les plombs s’étant logés tout prés du cœur. On a appris, par la suite, que la police n’avait été avertie que 14h après. Comme un symbole de l’hystérie meurtrière des USA. Les médias occidentaux sont très discrets sur la question.

Dans la nature, tout est compétition. Mais le mariage en créant un droit à vie supprime toute compétition. Pourquoi?

Je n’ai pas encore écrit mon article sur le colonialisme positif et les caricatures. J’hésite encore.

  

Mardi 21 février 2006

  

Avant hier, j’ai assisté à la cérémonie des « Fennec d’or », de récompense annuelle des meilleurs films produits par l’ENTV et des meilleurs comédiens. Un moment de douleur et de tristesse culturelle: l’animatrice pendant deux heures a utilisé un sabir infâme. Les comédiens aussi, en montant recevoir leur récompense, se sentaient obligés de parler en français ou dans ce sabir..

J’ai commencé à écrire cet article mais je ne suis pas décidé à l’envoyer: »

Mâ zâlet la liste est longue », « je vous dis bark » voilà quelques échantillons de la langue qu’on nous a servi, pendant deux heures sans discontinuer, à la cérémonie des « fennec d’or » Voilà la culture qu’on a servie au peuple algérien, dans ce qui est supposée être partout un grand moment culturel.
Il faut dire halte à cette humiliation culturelle que subit notre langue et notre culture.

Je regardais cette soirée hallucinante: une animatrice baragouinant un sabir infâme. Des comédiens qui montaient sur scène et qui du coup se sentait obligé de faire de même, d’employer un galimatias d’arabe et de français. Il fallait bien montrer qu’on pouvait parler français , qu’on est « civilisé et moderne ». Complexe du colonisé…qui n’en finit pas de l’être.

Soirée nationale? La langue arabe meurtrie, humiliée. Et pas un mot aussi, pas un chanteur, pas un extrait de film en Amazigh. Mais du français oui, et un français pour lequel la France serait elle aussi en droit de protester .Où étions nous? En Algérie.

J’imaginais un instant…. »

Mais je n’ai pas terminé l’article.

  

J’en ai parlé à un intellectuel algérien francophone qui assistait à cette  soirée. Il m’a aspergé de tous les clichés des francophones algériens: « je suis reconnaissant à la France de m’avoir donné une culture qui me permet même de comprendre l’Islam (!) », « les arabes n’ont rien inventé depuis des siècles » etc… »la langue arabe est bloquée car c’est la langue du sacré ».

Le colonisé a intégré la vision du colonisateur concernant sa propre langue et sa culture. Comme il a intégré la vision dévalorisante et méprisante du colonisateur sur  lui même, il a intégré celle du colonisateur sur sa langue. Il la voit avec les yeux du colonisateur, sans la connaître et en en ayant peur.

  

Dans notre pays, tout est en double: deux sociétés, l’une arabo-musulmane , l’autre francophone, deux élites, deux Universités, deux presses, deux télévisions, deux radios. Le sabir n’est qu’une tentative d’établir une communication entre ces deux sociétés.

  

24 février 2006

  

Les américains sont en train de réussir à installer une guerre civile en Irak. Diviser pour régner.

Hier, une bombe a éclaté dans une mosquée chiite à Samra, au nord de l’Irak. La magnifique coupole dorée a été détruite.

En représailles , des mosquées sunnites ont été attaquées et des fidèles tués à l’intérieur: 150 morts. En représailles, mais est ce vrai, n’est ce pas des groupes de voyous, comme ceux qui ont été recrutés massivement dans la police irakienne, qui se cachent derrière ces actions.

L’imam Ahmed Sabah de la mosquée sunnite de Samra a tout de suite désigné du doigt les américains et dit que leur but était d’installer une guerre confessionnelle entre irakiens.

Vrai, probablement, ce début de siècle est devenu celui des manipulations, comme celles que nous avons vécu en Algérie lors de la guerre civile et la fameuse question: »Qui tue qui? »

Ce qui est sûr, c’est que l’Irak n’a jamais connu ce type de conflit dans toute son histoire jusqu’à l’arrivée des américains.

En France, un jeune juif Ilan Halimi, a été pris en otage par un gang, « le gang des barbares » comme le nomme la presse ( certainement pas innocemment) puis horriblement assassiné.

On s’aperçoit que c’est un juif, et progressivement se développe une campagne pour en faire un acte antisémite.
Sarkozy saute sur l’occasion pour dénoncer un acte antisémite et « que ne pas le voir, y voir seulement un acte crapuleux, c’est ergoter ». La preuve: les ravisseurs ont dit à la mère que son fils était juif et que les juifs pouvaient se cotiser et payer la rançon. »

La communauté juive, comme disent les médias,( tiens, là ils ne dénoncent pas le communautarisme, ça n’est valable que pour les arabes!), la LICRA, les organisations juives « souhaitent » la présence du Président de la république française aux obsèques. « souhaitent », ça sonne comme un ordre.

  

  

25 février 06

  

J Chirac a assisté avec son premier ministre Villepin , à la synagogue ( la laïcité, n’est ce pas?), aux obsèques du jeune Ilan Halimi. Véritable surenchère entre Sarkozy et eux pour avoir le soutien des juifs. La connotation des interventions des responsables juifs et des médias , malgré les précautions verbales prises, est anti-arabe et anti musulmane. Elles montrent bien que ce qui est dénoncé c’est un antisémitisme  » qui se développerait depuis l’an le début des années 2000 et aurait sa source dans l’islamisme ». Le nom « gang des barbares » vient à point nommé impressionner les esprits dans ce sens.

On se demande ce qu’ils vont faire si,  comme dans les cas précédents, on s’aperçoit que cela n’a rien à voir avec un acte anti juif. Mais, au fond, peu importe pour eux, le mal aura déjà été fait dans l’opinion.

  

26 février 2006

  

On apprend que « le gang des barbares » aurait tenté de rançonner beaucoup de personnes avec des juifs et des non juifs et que leur dénominateur commun est tout simplement leur localisation géographique dans une zone de Paris.

Manipulation encore une fois.

Dernière nouvelle: une manifestation doit être organisée contre le racisme et l’antisémitisme. Le front national a décidé d’y participer…Les organisateurs sont affolés. Pourtant, c’est clair la présence du FN montre que c’est en réalité une manifestation raciste anti-arabe et anti-musulmane, ce que les organisateurs n’osent pas dire et que tout le monde pense.

  

27 février 06

Sur La cinq, l’émission « Ripostes » de Moatti. Moatti est juif et elle est consacrée, comme par hasard, à l’assassinat d’Ilan. Moatti est d’évidence crispé, ému. On sent qu il ne voudrait pas qu’on croit que c’est parce qu’il est juif qu’il a fait cette émission et qu’il participe ainsi à la campagne actuelle. Il explique laborieusement, en essayant de paraître neutre et d’avoir de la distance que « c’est du racisme qu’on va parler » et qu’un crime n’est pas plus ou moins abominable parce qu’il est antisémite; Il se lance aussi dans des explications laborieuses sur le fait qu’il faut être « prudent », pour essayer de dire mais  sans le dire qu’on n’est pas sûr que cela soit un crime antisémite. « prudent », ce sera le mot de toute l’émission répété par ceux qu’il a invité et qui d’évidence forcent l’interprétation de ce crime comme un crime antisémite. Les participants au débat:Bernard Kouchner, un commissaire de police juif, un directeur de recherches etc.. « Prudent » , mais alors pourquoi cette émission sur l’antisémitisme puisqu’elle  conclut d’avance en fait  sur la signification de ce crime par sa tenue même. Ils vont s’empêtrer dans leurs contradictions. Kouchner va essayer d’adopter un profil humaniste, contre- tous- les- racismes  mais bien vite le masque va tomber et son parti pris apparaître. Il sera même dédaigneux envers un jeune noir qui fait des remarques fraîches , comme par exemple, sur les clichés, en disant qu’il n’y a pas que les clichés antisémites sur le « juif qui a de l’argent », mais aussi des clichés sur les noirs, les arabes, les musulmans.

Kouchner comme d’autres n’hésitent pas à traiter Dieudonné, l’humoriste, d’  « homme abject ». Le commissaire de police susurre même qu’il aurait une responsabilité indirecte dans le crime par ses positions et son discours. Où est la liberté d’expression qu’ils défendent tellement lorsqu’il s’agit des caricatures du Prophète.

L’émission va capoter à la fin et Moatti se pressera de conclure pour ne pas apparaître trop partisan et en cacher l’échec.

La manifestation organisée a été finalement un échec et s’est réduite à une manifestation juive. Cela fait plusieurs fois que cela arrive, comme la manifestation qui avait été organisée pour soutenir Israël.

Kouchner parle du Rwanda, de l’Irak pour essayer d’expliquer que partout l’homme peut se conduire de façon irrationnelle, et les hommes se déchirer entre eux. Il oublie de préciser qu’en fait au Rwanda et en Irak, on a divisé pour régner et que la cause est la même. En France aussi. Au fond les juifs sont tombés dans le piège de la manipulation: ils ont servi, avec Israël, à dominer le monde arabe et à préserver là bas les intérêts occidentaux. En France, ils servent à justifier le racisme anti arabe. Ils sont manipulés et ne le savent pas. Ils oublient que l’antisémitisme, la Choa est un produit européen. Le racisme, comme l’antisémitisme, nécessite une hiérarchie sociale raciale, des inégalités, des nations puissantes (ce n’est ni le cas des pauvres émigrés arabes ni des nations arabes et musulmanes)dominant des nations faibles.

  

Dimanche 5 mars 06

Kateb  Yacine ( mais est ce vraiment lui) parlait de butin de guerre à propos de la langue française. C’est le genre même d’ineptie qui semble pourtant profonde à tout milieu social aliéné, comme le sont nos francophone. Comme s’il n’était pas automatique que tout colonisé parle la langue du colonisateur. Où est le butin de guerre et le mérite particulier des algériens? Quelle bêtise.

Tout à l’heure, l’émission  « arrêt sur images »   sur France . Elle est consacrée encore une fois à l’assassinat d’Ilan Halimi. Mais le ton dominant maintenant est qu’il ne faut pas se presser d’en faire en crime antisémite et qui plus est , comme l’avait laissé entendre Sarkozy, d’islamistes. Ce Sarkozy est décidément infect et très dangereux. Il est prêt à tout pour le pouvoir et lorgne, sans arrêt, du côté de l’électorat du Front National.

L’émission « arrêt sur images » est animé par, mais j’ai oublié son nom. C’est un juif. Il est merveilleux d’honnêteté. C’est le genre d’homme qui fait honneur à l’Homme.

  

Mercredi 15 mars 06

  

Cela fait des jours qu’ils nous bassinent avec Hamas et la « catastrophe pour le processus de paix en Palestine que représente la victoire aux élections palestiniennes d’une organisation terroriste ».

Hamas s’est conduit de façon on ne peut plus  responsable. Mais c’est Israël qui hier  a attaqué aux chars et à coups de canons la prison de Jéricho, en territoire autonome palestinien, pour s’emparer  des prisonniers palestiniens. Elles les a obligés à se rendre et à se mettre pratiquement nus.

El Hachemi Chérif avait dit, comme tout « communiste algérien » qui se respecte, qu’avec « l’arabisation le pays serait bloqué ». Je constate, tous les jours, que le maintien du français comme langue de la haute administration bloque lui réellement le pays: plus personne n’écrit ou ne répond aux lettres: pour la génération jusqu’à 40 ans, il est impossible d’écrire une lettre en français. Les secrétaires des hauts responsables ne servent plus qu’à répondre au téléphone.

  

  

Dimanche 19 mars 06 18h30

19 mars, tiens! L’anniversaire du cessez le feu en 1962. Ma fille  était à l’Ambassade de France  pour retirer son visa. Nous en avons pas fini. Je lui ai dit en riant: »tu te présentes, tu te lèves, tu leur expliques que c’est une journée symbolique et tu chantes Kassamen. » Elle a ri.

Avant hier, vers 4h du matin, j’ouvres les yeux. La Télé était resté allumée. C’était la chaîne cinq française. Je vois un visage qui m’est familier, avec ucet accent algérien bizarre, de ceux qui essayent en vain de  masquer leur accent.

C’était Addi Houari, un sociologue algérien qui vit en France. Il expliquera vaguement, rapidement, sans trop insister, quelque chose du genre de ceux qui sont obligés- à- l’exil.

Le reste le discours du Sociologue fourre tout où on habille d’une terminologie sociologique  (« l’espace domestique », l’espace publique », « l’habitus » de Bourdieu  etc.) un discours en fait politique et idéologique.

Son style: sentencieux, affirmatif, le genre Mr le Sociologue qui se penche doctement au chevet sociologique de l’Algérie malade. La recherche de phrases chocs, de formules brillantes qui tombent souvent à plat fautes d’une véritable culture française que ne peut remplacer sa culture francophone acquise laborieusement, une volonté de paraître provocateur, non conformiste peu convaincante. Bref au fond, une absence de sincérité et en définitive l’image de ces intellectuels franco algériens en recherche permanente d’une reconnaissance intellectuelle de la France. L’impression que chaque phrase qu’il prononce est adressée aux français et pas aux algériens. Une vision gratuitement et excessivement pessimiste de l’Algérie dont il parle avec délectation semble-t-il de la crise comme tous ces faux émigrés qui s’évertuent en permanence de se convaincre qu’ils ont eu raison de quitter  leur peuple.

S’il dit d’une voix qui se veut courageuse que la France « a été battue politiquement ( précise-t-il, certainement pas innocemment ) dans les années 50 en Algérie, c’est pour ajouter tout de suite qu’elle pris sa revanche et qu’elle a battu le FLN aujourd’hui », et que la preuve en est la visite de Chirac en Algérie où les jeunes l’acclamaient et réclamaient un visa pour la France.

S’il prend un ton dur pour dénoncer les Généraux, c’est pour dire en même temps que l’armée devrait de se retirer et n’avoir pour autre rôle que d’intervenir si le contrat démocratique ( règle de l’alternance etc..) n’était pas respectée. S’il dénonce les généraux, c’est pour dire que leur seule préoccupation aujourd’hui « c’est l’avenir de leurs enfants », avec une pointe de tendresse qui lui échappe.

S’il dit que l’Algérie appartient au monde arabe, c’est pour vite préciser qu’il parle d’une « aire géographique » et qu’il ne s’agit pas d’une communauté car la ligue arabe « c’est quelque chose de risible ».

Bref, la sociologie de la rue. Le genre de l’intellectuel qui fait mine de ne pas hésiter à déplaire pour mieux plaire. Ceux qu’il fait mine de dénoncer, la France, l’armée algérienne doivent l’écouter en souriant du manège.

Lui qui parle de  l’Algérie, installé de l’autre côté à mille kilomètres dit son admiration pour Pierre Bourdieu qui a étudié dans les années 60 l’Algérie sur le terrain. Il préfère, dit-il Bourdieu à Fanon. On le comprend: c’est Fanon qui a fait la critique la plus impitoyable de l’intellectuel colonisé.

  

  

  

Jeudi 23 mars 2006 11h

  

Aujourd’hui, dans le journal « El Watan » une page sur la vie du Professeur Pierre Chaulet. Un homme admirable, malgré quelques erreurs dans les années 90 où il avait accepté de s’impliquer politiquement en devenant Vice Président de l’Observatoire officiel des droits de l’Homme. Il avait fait alors silence sur la torture généralisée contre les islamistes. Non musulman, chrétien, il avait été sûrement aveuglé par sa peur culturelle de l’islam et des Islamistes.

Dans le journal « Liberté » du même jour, coïncidence, il y a un article qui s’essaye laborieusement à démonter le témoignage d’un ancien sergent chef de la sécurité militaire en Algérie qui a témoigné à plusieurs reprises à l’étranger sur l’affaire de l’assassinat des 7 moines de Tiberhine en affirmant quel est le fait des « services algériens ». L’article essaye de déconsidérer ce sergent chef en le présentant comme un escroc et un voleur. Classique. Mais alors pourquoi un escroc ferait il un tel témoignage, ce n’est pas le profil de ce type de comportement et de courage.

Dans « El Watan », toujours un article signé Smail Hadj Ali sur l’Irak. Bien écrit. On sent une vrai douleur et même du désarroi. Mais il finit par renvoyer dos à dos la barbarie américaine et celle islamiste. Incohérent. On ne peut être à la fois contre les américains et ceux qui les combattent. Contradiction permanente des pseudo communistes algériens, toujours entre deux chaises.

Hadj Ali vit en France ou y est resté longtemps. Chaulet, lui, est en Algérie. Il y travaille, il y continue à combattre la tuberculose. Il a prouvé et il prouve qu’il aime son pays. Quelle différence avec ces intellectuels et cadres algériens qui passent leur temps à  dénigrer leur pays, à le décrire en noir, sans aucune tendresse, peut être pour justifier qu’ils l’ont abandonné et que décidément, il n’est pas possible d’y vivre.

Dans « El Watan », hier, un article dingue de quelqu’un contre la langue arabe. Il cherche à prouver que ce n’est pas une langue et que si elle a progressé en Algérie, c’est grâce au français. A un moment, il dévoile ce qu’il est en disant sur une date, non pas la date elle même, mais quelque chose comme tant d’années « après Jésus » (je cite).

Il paraît que Bouteflika a vraiment un cancer (de l’estomac) et que l’armée pense déjà à son remplacement. Le nom de Lakhdar Brahimi circule. Bouteflika n’aura donc pas eu tout le temps pour écarter l’armée de la politique. Mais je crois qu’il est plus malin qu’eux et qu’il s’occupera lui même de sa succession.

Avant hier, un groupe de jeunes d’extrême droite a été arrêté en France. Depuis 2004, ils ont fait au moins huit attentats contre des commerces tenus par des arabes ou des turcs: incendies, cocktail molotov. On en a à peine entendu parler. S’ils avaient s’agi de juifs…

Les juifs ont été persécutés, massacrés par les allemands et autres européens. Ils en punissent les …palestiniens et les arabes.

  

Mercredi 29 mars 2006

  

Eclipse partiel de soleil.

Mon fils,  aussi s’est éclipsé. Ses premiers rendez vous avec des filles.

Elections en Israël. Israël devient de plus en plus « un pays comme les autres »: pauvreté, discriminations etc.. Ou plutôt, on en parle plus maintenant. La fin d’un mythe, y compris pour les juifs. Les médias occidentales parlent des élections comme si c’était un Etat normal. Tout est fait, depuis quelque temps, pour faire oublier la souffrance immense des Palestiniens. Par exemple, il est dit que l’enjeu des élections est la séparation par le mur des palestiniens et des israéliens. « Séparation », quel joli mot alors qu’il s’agit de parquer les palestiniens derrière ce mur.

Le sommet de la Ligue arabe se réunit en même temps. Bouteflika y est allé. Il a l’air malade. J’ai espéré, un moment, mais on se fait toujours des illusions qu’il allait avoir plus de courage, s’il est vraiment malade comme il le dit. Qu’a-t-il à perdre. Mais sur l’Irak, pas un mot pour dénoncer l’occupation américaine. Il a préféré être indirect, dénonçant les tentatives de diviser les irakiens, les appelant à l’unité, et appelant « l’alliance (américaine) à respecter ses engagements »!

Les Etats arabes ont peur de l’Amérique.

Sur la Palestine, il a été un peu mieux, parlant d’élections « qui ont été totalement démocratiques » et appelant à ne pas punir les Palestiniens d’avoir voté pour Hamas. Pourtant, en Algérie, les Algériens ont été punis d’avoir voté pour le FIS. Que de contradictions.

« le temps d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard ». J’ai beaucoup appris de la vie. La vie est trop courte. C’est pourquoi, finalement, que la durée est celle de l’espèce et que nous sommes « programmés » pour penser à la survie de l’espèce et que toute notre vie individuelle et sociale est organisée en fonction de cela: laisser une trace sur terre, passer l’héritage à nos enfants, faire avancer nos connaissances, etc.

En France, la mobilisation contre le CPE. Cela me semble disproportionné. Il y a derrière autre chose: des enjeux de pouvoir, entre la droite et la gauche, qui est derrière ces manifestations, au sein de la droite et de la gauche. Les manifestations donnent l’impression d’être  celles des français, des « vrais »: étudiants, fonctionnaires, travailleurs du secteur public etc.. La rue française est pleine de sympathie pour ces jeunes, pour les manifestants. Ce ne sont pas les jeunes de banlieue. D’ailleurs ce CPE avait été fait justement après les émeutes de banlieue, dans le cadre d’une loi pour l’égalité des chances. Bien sûr on pourra dire, avec un ton très progressiste, que justement, il ne faut pas de discrimination et prévoir des mesures spéciales pour ces jeunes de banlieue. Mais il reste quand même un arrière goût de réaction raciste à ce CPE, un racisme très complexe et difficile à débusquer, caché derrière de beaux sentiments. Un peu, comme le non à la Constitution européenne, la peur du « plombier polonais », de l’entrée de la Turquie etc…

  

Samedi 1 avril 06 8h30

  

Discussion au restaurant avant hier soir avec un réalisateur de cinema algérien vivant en france. Attachant, plein de contradictions. Il nie les problèmes d’identité alors que c’est son problème. Pour le reste, tous les clichés de « la gauche » francophone algérienne: « il faut faire la différence entre la France et le colonialisme français », la propension a être plus préoccupé par les « juifs pacifistes » et « leurs « bonnes positions » que par la souffrance immense des Palestiniens, etc.. bref une idéologie sur mesure pour ceux qui vivent en France et sont entre 2 chaises en permanence.

Il n’a pas conscience que sa théorie n’est ni plus ni moins celle du « colonialisme positif ».

  

Dimanche 9 Avril 9h18

  

Ce matin, LCI, la chaîne d’information en continue de TF1, met, comme par hasard, l’accent sur 2 informations: la condamnation des agresseurs de la jeune fille maghrébine « brûlée vive », il y a un ou deux ans. Une autre affaire, d’une autre fille, dont on sait seulement là aussi qu’elle est musulmane, gravement brûlée au visage parce qu’elle a refusé « les avances de son agresseur, un pakistanais. Tout cela dans le style « ni putes, ni soumises », l’organisation sponsorisée par le PS français. Le vocabulaire utilisée:  » la barbarie »" Deux faits extraordinaires , mais la médiatisation faite, le vocabulaire utilisée, les transforme de fait en un fait générique, celui du comportement de toute une civilisation: les musulmans.

Le colonisé, en Algérie ou ailleurs, les reprendra, pour y retrouver la preuve de notre infériorité. Le colonisé pratique constamment l’auto mépris, c’est à dire le mépris du colonisateur qu’il a profondément intériorisé.

Les atrocités des américains, des français, n’influeront jamais sur la haute idée qu’il a de ceux ci. C’est cela le rapport de domination.

Sur ARTE, un reportage, avant hier: « les télévisions algériennes ». L’objet: montrer les changements dans la télévision algérienne, et les conséquences de l’accès aux centaines de chaînes satellites, en Algérie, l’un des pays les plus « parabolés ». Et puis à l’intérieur de ce reportage, comme innocemment,  on fait parler un ou deux algériens choisis « par hasard », pour  qui l’Arabe de la télévision algérienne « est académique et ennuyant » et que les algériens apprécieraient mieux leur « arabe dialectal ». Un intellectuel francophone, Abdou B est  sollicité pour expliquer que cet « arabe dialectal » est cette solution « qu’a trouvé le peuple pour parler et faire la synthèse du français et de l’arabe » en se moquant du point de vue officiel. Bref, le sabir que la couche francophone affectionne tant car elle n’y voit pas un concurrent sérieux au maintien de la domination de la langue française. Par contre, pour le Français, elle est soucieuse, plus qu’un français, de son utilisation correcte, « académique ».

Il n’est même pas besoin de faire défendre au colonisé le point de vue de son maître. Il le fait spontanément.

Depuis quelques jours, les israéliens font des raids et tuent des palestiniens. L’information est donnée au passage, comme un fait banal: 7 palestiniens tués, 8 palestiniens tués . le vocabulaire là aussi est choisi avec soin « des activistes palestiniens ». Que veut dire « activiste ». Mot subtil… Pour que des morts deviennent un événement médiatique, il faut qu’ils soient israéliens. Et là ce sont toujours des civils, « des innocents ».

Les américains viennent d’interrompre « leur aide aux palestiniens » après la victoire de Hamas aux élections. Il serait plus simple qu’ils fixent eux mêmes le résultat des élections .

Puisqu’on parle des américains et que ce sont eux qui ont inventé la gestion médiatique du monde. Pour l’Irak, comme c’était prévu, ils font désormais de l’image de la statue de Saddam qui s’écroule, le symbole  » de sa libération ». Mais pas de chance, tout le monde avait vu en direct comment cela s’était passé, le scénario préparé: la place prêt du grand hôtel encadré par des chars, les caméras prêtes à tourner, un petit groupe de voyous irakiens qui arrivent en vociférant, qui peine ridiculement pour faire tomber la statue, ils n’y arrivent pas, les soldats américains qui interviennent alors, qui font l’erreur de remplacer le drapeau irakien par le drapeau américain, qui finissent par faire que la statue s’incline en la tirant avec un câble accroché à un char, la statue qui refuse de s’écrouler… Grotesque. On appelle cela l’Histoire.

  

Lundi 17 avril 06 10h54

  

Hier, j’assiste à une soirée. Nous nous connaissons tous. Beaucoup de monde. Que de destins croisés, de regards, de chuchotements, de secrets chez chacun. Si tout le monde pouvait penser à voix haute, ce serait fascinant

  

20 avril 06

Ecrire sur la question nationale et notamment mes anticipations sur la Chine. Ce livre, je voulais l’écrire en 1990.

Quelques dialogues notés:

« Tu crois qu’il n’y a pas une autre façon de vivre qu’occidentale? Tu t’es aligné sur l’européocentrisme. » Tu ne peux pas comprendre qu’elle met le hidjab aussi pour se défendre, pour sa dignité. »

« Ils sont pleins de sympathie pour le voile du Targui.  Mais pour tout ce qui est du voile islamique, ils voient rouge ».

« Tu regardes le monde avec des lunettes bleu blanc rouge. »

« Imagine toi une France où l’élite parlerait l’Arabe, lirait en Arabe, vibrerait à la culture arabe, regarderait les télé arabes, lirait les journaux arabes, aurait appris dans les écoles « nos ancêtres les arabes, comment verrait elle le mode, avec une vision française? »

  

6 mai 2006 17h

Notes concernant la semaine passée:

  

- Les latinos, aux USA, ont osé traduire l’hymne américain en espagnol. Grosse émotion aux USA; Bush est questionné à ce sujet: « ceux qui veulent vivre dans ce pays doivent connaître notre langue, l’Anglais ».

- Le mur de Berlin avait été qualifié de mur de la honte » par les USA et l’Occident. Les Etats Unis prévoient de construire un mur de 1000 km sur leur frontière avec le Mexique. Israël a construit un mur de centaines de km pour séparer et parquer les Palestiniens.

- dans une ville en France, le maire a pris un arrêté interdisant les rassemblements de plus de…3 jeunes en villes. Evidemment il s’agit des jeunes arabes. Comme à la belle époque du colonialisme.

- une série américaine, les « Experts » fait fureur à la         Télé. Très bien faite. On est  obligé de suivre les détails de l’enquête de la police scientifique pas à pas. Et on est obligé de suivre même la pub de peur de rater une image de la série. Tous les crimes sont des crimes sado sexuels. On comprend mieux du coup les tortures sado-sexuels en Irak. Ce qu’avaient fait les américains dans les prisons irakiennes y ressemblent étrangement. On comprend mieux  la civilisation américaine actuelle.

- d’après les statistiques mondiales, 5% des émigrés dans le monde, se trouvent en Europe. Et c’est là où on fait le plus de bruit contre l’émigration.

- Dominique de Ville pin continue d’être harcelé sur la bizarre affaire ‘Cleastream ». Par le journal « Le monde « notamment. Là aussi, cela semble démesuré.  Les Américains et leurs sympathisants en Occident ne lui ont pas pardonné sa position sur l’Irak. Plus généralement ils ne veulent pas du gaullisme, surtout maintenant.

  

Vendredi 19 Mai 2006 11h 30

Hier, 38 degrés à Alger en plein Mai.42° à Chlef: la plus haute température sur la planète ce jour là, d’après la Météo sur Internet. Le réchauffement de la planète. On a beau dire, mais le catastrophisme ambiant nous influence.

Le soir, sur la chaîne française « la 6″, un documentaire: « Quand l’Algérie était française ». Un brusque retour vers le passé, mes souvenirs, l’horreur du colonialisme, tout ce que nous avons souffert. Mais en même temps, la gentillesse d’Algériens, leur affection quand ils reçoivent un pied noir de retour. Il en est ému aux larmes. Au fond, la terrible émotion et sensibilité des pieds noirs à tout ce qui concerne l’Algérie ne peut se comprendre que par un profond sentiment de culpabilité. Le reportage signale aussi au passage, innocemment, comment la communauté juive était Algérie française. Des extraits du journal d’un jeune juif sont lus. Cela aussi certains voudraient l’oublier, y compris chez nous.

Quand on replonge avec ce reportage dans les années 50, on s’aperçoit aussi la force de notre sentiment d’être arabes, la phrase fameuse de Ben Badis à ce sujet,, Ben Bella qui le proclame à son retour de la deuxième guerre mondiale.

Cette phrase terrible de simplicité chez un maquisard, Zennati et qui fait comprendre ce que c’est que la guérilla: »où on est avec nous, ou contre nous, il n’y a pas de place entre, où la personne est innocente ou elle est coupable, la vie ou la mort, nous n’avons pas de prisons ». On revoit la misère totale des Algériens, l’immense différence de niveau de vie entre les 2 communautés française et algérienne. Ce que la pseudo gauche algérienne voulait nier avec sa fameuse analyse de classe, qu’il y a « aussi des exploités, des ouvriers dans la communauté pied noir ». Ils ont bouclé leur vie aujourd’hui en s’étant « exilé »(!) tous en France, fournissant ainsi eux mêmes le sens de leurs positions politiques.

Et je me mets à songer comment l’Histoire se répète aujourd’hui: Les algériens qui avaient trouvés une place dans la structure coloniale ( instituteurs, fonctionnaires, militaires, ouvriers de la SNCF, de la poste, traminots, etc..) où leurs enfants continuent de dominer le pays. Ils ont remplacé les pieds noirs. Ils parlent leur langue et ils s’en vantent. Ils osent dire aujourd’hui que nous ne sommes pas arabes et même, comme dans le reportage, qu’ils ont un « lien ombilical avec la France’ ». Ils s’acharnent, comme l’a fait le colonialisme, à empêcher la diffusion de la langue arabe dans les écoles, l’administration. Ils reprennent aujourd’hui l’idéologie de légitimations des pieds noirs: »nous n’étions pas tous des colons » comme si tout le monde pouvait être colon dans un système colonial! Il faut bien une administration coloniales, des commerçants etc..

Les mêmes algériens  nient de la même façon que l’origine ethnique pèse plus que l’origine sociale, dans les banlieues actuellement en France, en ce qui concerne les discriminations sociales. D’ailleurs, une étude de l’INSEE française vient de le montrer.

L’Histoire se répète: devant le mouvement islamiste, la minorité francophone a les mêmes réflexes quasi coloniaux: peur du « musulman fanatique », répression, tortures, exécutions sommaires, peur des élections . Je me souviens, en 1966, cette image soudaine que j’avais eu sur une plage d’Ain Taya:  ces algériens qui venaient de prendre en main l’administration du pays, sur la plage se dorant comme les pieds noirs, parlant français à leurs enfants, le peuple les regardant de loin, comme il y a, à peine quelques années, il regardait les pieds noirs. Je m’étais dit: »mais c’est encore plus grave, ceux qui étaient proches des français se multiplient désormais ».

  

Lundi 29 Mai 2006, 8h16

  

Jeudi 25 mai puis Samedi 27,  Jean Claude Briali est à Alger pour la projection de son film « Sur les pas de mon enfance ». Un film tendre et sincère sur son enfance en Algérie. Un regard sur la beauté de l’Algérie et de son peuple avec en arrière plan une honte pudique et discrète sur l’absurdité du colonialisme et du racisme. Son père était dans l’armée coloniale.

Débat autour de son film. Le public: l’Algèrie francophone. Je remarque, que les algériens qui « tournent » autour des français, cette élite francophone encore colonisée, est très agressive avec les français dont ils ne peuvent se passer. Rapport complexe. Par contre, le peuple, lui, est chaleureux, sans haine et sans rancœur. Moi aussi, autant je suis à l’aise avec les Français, un rapport humain avant tout, autant cette élite algérienne m’exaspère et m’irrite.

Coïncidence du temps, hier, le film « indigènes » de Rachid Bouchareb, reçoit le prix de l’interprétation masculine pour son groupe d’acteur: Djamel Debouz et 4 autres. Sur la scène , il entonne l’hymne des pieds noirs « C’est nous les Africains ». Inconscience ou aliénation.  Je me souviens des manifestations pieds noirs qui entamaient cette hymne avant de se livrer à des ratonnades et lyncher, femmes, enfants vieillards, tous les arabes qui leur tombaient sous la main. Le film part peut-être d’une bonne intention, rappeler que des arabes sont morts « pour la France » ( mais est ce pour elle, les pauvres, ils étaient mobilisés, emmenés et c’est tout) mais il devient un film réellement d’indigènes. Ironie, continuer  de les appeler « indigènes »" en France. 

  

Jeudi 13 juillet 2006 18h30

  

Hier, Zidane s’est expliqué, sur Canal +, sur « son coup de tête » (aux sens propre et figuré). Mais plusieurs jours après. Sans spontanéité. Donc un interview bien préparé. Il est apparu avec une tenue avec une pointe de vert de gris, connotation un peu militaire, très discipline française. Maquillage parfait, visage lisse, rasé de prés, en bonne santé. Ce n’était plus le Zidane d’après le match, sombre, un peu désemparé, l’air d’avoir fait une grosse bêtise, peut être irréparable pour son image. On sent qu’il a été bien briffé, que chaque mot, chaque phrase a été répétée. Le message essentiel: je m’excuse, je présente mes excuses, surtout pour les enfants, les jeunes. Mais il dit aussi qu’il ne regrette pas son geste. Contradiction. Car le fait est là, il est têtu, impossible d’y échapper.

Mais les enjeux sont très gros: les sponsors, la publicité, l’utilisation politique intense de son image par la classe politique française. Tout le monde a besoin de lui et voudrait bien fermer les yeux sur ce qu’il a fait.

En Algérie aussi, il est récupéré politiquement par tout le courant algéro français. Bouteflika lui a envoyé un message indécent, pratiquement d’amour. Indécent parce qu’il s’agit tout de même de l’équipe de France et pas de l’équipe d’Algérie. Imaginons Chirac envoyer un tel message  à un joueur de l’équipe d’Algérie pour la seule raison qu’il est d’origine française.

Amusant : la presse algérienne francophone défend Zidane bec et ongles. Aujourd’hui El Watan titre « il m’a insulté ma mère et ma sœur » pour expliquer qu’il s’agissait d’une « affaire d’honneur » pour Zidane. Le journal « Liberté fait à peu près la même chose. Amusant, pour les partisans de la modernité.

La récupération politique va plus loin: comme on s’est aperçu que l’immense majorité de la jeunesse algérienne avait soutenu l’Italie et pas la France, le Soir d’Algérie ( d’avant hier) y voit la main des islamistes. On suggère que les islamistes n’aiment pas Zidane car  il les concurrence par son image auprès de la jeunesse. Pauvre Zidane, qui n’a que foutre de tout cela et qui c’est toujours bien gardé de politique. On va même jusqu’à affirmer que Zidane a réagi à « l’insulte qu’on lui aurait fait le joueur italien en le traitant de terroriste ». Récupération indécente.

La vérité c’est que tout simplement les jeunes ont soutenu l’Italie et qu’ils auraient soutenu n’importe quelle équipe jouant contre la France. J’ai été stupéfait car je soutenais , moi aussi, l’équipe de France, car il y avait Zidane. Je me suis aperçu comment peu à peu, ces derniers temps, je m’éloignais de ma société, je ne la « sentais » plus comme avant.

J’avais dit mon étonnement à un jeune: »Mais Zidane est un algérien! »

Il m’a dit: »Non, c’est un Français. Qu’a-t-il fait pour l’Algérie. Il est français dans l’équipe de France. Peut –on soutenir un pays qui vous insulte tous les jours. Sarkozy qui dit que les arabes sont de la racaille.. ».

Un autre article sur le même sujet da            ns El Watan. La correspondante à Rome du journal dénonce le « chauvinisme italien sur l’affaire et prend parti pour…le chauvinisme français. Décidément, l’identité de nos franco-algériens est totalement brouillée.

A ce sujet, une anecdote de Hussein ( un émigré sympa qui vient de revenir au sujet des gens d’Hydra  ( quartier chic  où il y a une forte densité d’algéro français ): pendant les évènements d’Octobre 88, la tchi tchi d’Hydra s’est cotisée pour acheter un bus et le brûler pour faire comme les jeunes des quartiers populaires ».

  

Israël a attaqué le Liban, bombardé l’aéroport international et des quartiers du Sud Liban à la suite de  la prise par le Hezbollah de deux soldats israéliens. Le Hezbollah propose de les échanger contre les prisonniers libanais en Israël. Israël et Bush parlent de terrorisme. Apparemment seule Israël a le droit d’avoir des prisonniers.

Bush vient de parler à ce sujet: »Israël a le droit de se défendre ». Il voulait probablement dire d’attaquer. Le pétrole du coup est monté à plus de 76 $.

Les Israéliens sont devenus fous d’arrogance. Il font une grave erreur en étendant la guerre au Liban.

Bush, lui, a l’air de mettre les USA totalement aux ordres d’Israël.  Là aussi, c’est une erreur.

  

Réflexions:

- c’est drôle comme un homme vivant, bouge occupe beaucoup de place; on est toujours stupéfait de voir la place si petite dont il a besoin dans une tombe.

- en Algérie, la résistance n’a pas remporté une victoire militaire mais une victoire morale contre la France. La preuve, un résistant algérien peut aller en France sans que cela choque les Français. L’inverse n’est pas vrai pour les français qui ont participé à la guerre en Algérie.

  

  

Vendredi 14 juillet 2006

  

Cette impression de vie ratée qui se déclenche à certains moments, surtout le soir, avant de dormir. Le déclencheur: parfois ce livre que je n’ai pas écrit sur la question nationale dans les années 90. J’y prévoyais que les seuls PC qui resteraient seraient ceux qui avaient guidé la résolution de la question nationale: la Chine, le Vietnam, Cuba . Cela s’est vérifié: la Chine. Tout ce que je n’ai pas écrit, à temps. Aurais-je la force de le faire. On retarde, on retarde, sans penser que les forces vont décliner et qu’on ne pourra le faire comme on l’aurait fait alors.

Et puis soudainement, ces derniers jours une grande découverte qui m’a apaisé. Où l’ai je faite? Je crois dans la voiture. Je pensais à Y.., à cette chance immense de notre amour. Et puis aussi, en plus profond, ces découvertes où Z.. a joué le rôle de catalyseur sans s’en rendre compte. C’était, je crois, sur la question de l’absurdité des regrets. Mais en plus profond. Pas la discussion classique. A peu près cela: Tout s’enchaîne, tout s’emboîte. On ne peut séparer ce qu’il y a eu de bien, de ce qui ne l’a pas été. L’un suppose l’autre.. L’absurdité des regrets, des « Si j’avais fait cela ». Les gens se torturent et pour rien.