22 janvier 2005,obsèques, islamisme

22 janvier 2005

  

Je reprends mon journal

Il faudra parler des obsèques de M et mon immense tristesse. Et aussi cette scène hallucinante au cimetière : l’imam en train de lire le Coran devant la tombe et de prononcer un discours; tous ces jeunes du quartier populaire de M venus assister à son enterrement  ; et soudain, une voix qui chante « mounadhiloune », la chanson de la gauche algérienne des années 70, mais c’est pour interrompre l’Imam. Les jeunes du quartier  sont choqués, des cris d’indignation fusent. , H la femme de M est à côté de moi, la main serré dans la mienne. Elle veut alors enlever le foulard sur ses cheveux et me dit : « M ne me l’a jamais imposé, ne m’a jamais demandé la soumission ». Et moi, qui lui dit, dans un soupir : »Mais ce n’est pas un signe de soumission, c’est simplement un acte culturel, de respect de notre culture. » Puis, je me tais : à quoi bon, ils ne peuvent pas comprendre, ils sont totalement étrangers à notre Société. Un autre éradicateur , qui dit, triomphant et arrogant, au sujet du discours de l’imam et des cris d’indignation des jeunes lorsque ce dernier avait été interrompu : « ce sont les restes de l’hydre islamiste « 

Un homme d’un certain âge qui dit aux éradicateurs :  »pourquoi tout cela, nous sommes simplement venus accompagner M. »

Au fond, qui est le plus tolérant, ces jeunes » islamistes » ou tout simplement musulmans qui sont venus aux funérailles malgré tout, tout en sachant qui est M, qu’il était communiste,parce que l’Islam enseigne le respect de la mort, ou ceux là qui interrompent les versets du Coran « pour empêcher l’exploitation islamiste de cet enterrement ». Que de haine chez eux, que d’intolérance, ils ont une peur panique de toute réconciliation et tout cela au nom de leur pseudo communisme.

Les femmes éradicatrices étaient venues au cimetière, ce qui ne se fait pas chez nous, la plupart sans même un foulard sur la tête, les cheveux hirsutes. Et ceci avait choqué l’assistance populaire, qui n’avait cependant rien dit, simplement de regards désapprobateurs . Et maintenant, les obsèques se terminent en queue de poisson, sans que la prière ait été terminée ; les jeunes quittent le cimetière, révoltés par ce qui s’est passé, et l’un d’eux s’écrie : « n’oubliez pas qu’il y a un jugement au ciel ». Ma fille R, quand je lui ai raconté tout cela, a résumé : »les chrétiens et les juifs, s’ils avaient été là, eux auraient respecté notre culture et nos traditions ».

M avait il besoin de tout cela, lui qui a quitté son pays pour y revenir dans un cercueil : dérision de leur fuite dans les années 90.

A la sortie du cimetière j’ai entendu le sempiternel discours sur l’exil qui l’ a tué, sur tel ou tel qui ne supporte  pas la vie « là bas, en France, et qui dépérit ». Etc.. on a envie de leur dire doucement : mais pourquoi êtes vous donc parti, pourquoi donc y restez vous ? Ils sont minéspar leur contradictions : biens ni ici ni « là bas ». Ils sont une secte vieillissante, qui se retrouve en des occasions comme celle là, et qui se gave de nostalgie et de la certitude de détenir la vérité.

Y m’a téléphoné tout à l’heure : elle m’a appris que M avait pris la nationalité française. Je n’aurais jamais cru que lui aussi ….comme les autres pourfendeurs de l’islamisme.
J’ai  pensé, je ne sais pas pourquoi à un interview récent de Omar Cherif, l’acteur. Il y disait fièrement, lui la star internationale, hollywoodienne, qu’il avait toujours comme seul passeport son passeport égyptien, et qu’agir autrement aurait été pour lui se renier. Bernard Pivot, de la chaîne France 2 était étonné et admiratif : « pourtant, vous auriez pu avoir facilement un passeport américain ou français, et cela vous aurait facilité les choses. »

Jeudi passé, j’ai eu un rêve merveilleux concernant M, ce genre de rêves rares dont on se souvient exactement et que je n’ai eu que pour la mort de mon père puis de ma mère : M était là  dans un appartement où j’étais aussi, il était grand, immense ; au dessus d’une murette qui servait de balcon sa tête émergeait et nous regardions ensemble émerveillé une neige étincelante de cristaux , qui recouvrait Alger jusqu’à la mer et qui tranchait avec le bleu d’azur de la baie d’Alger, et je lui disais « regarde cette vue magnifique ! »

Finalement, c’est le Communisme politique qui a échoué dans le monde, le communisme en tant que mouvement politique avec toutes ses faiblesses , ses erreurs et ses limites, et non le socialisme et et non, encore plus, la démocratie, au sens où elle est le socialisme.  Dans la plupart des pays arabes, et singulièrement au Maghreb, ils ont partout trahi le peuple, ainsi que la nation. En Irak, les ex communistes sont revenus dans les fourgons américains. Eux qui pourfendaient l’impérialisme, ils y voient aujourd’hui, « la modernité ». Il faudra bien que j’écrive un jour la dessus.

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