26 Février 2008, Depression

Mardi 26 fevrier 2008 9h, DEPRESSION   

Hier je suis allé faire mes examens médicaux. Il sont normaux. L’anxiété ou l’angoisse terrible que je traînais depuis Décembre 2007 a brusquement disparu. 

C’est comme si je revenais à la vie. J’ai regardé, dans le soleil, les gens, aller et venir. J’ai regardé les femmes, les courbes de leur hanche. C’est comme si je redevenais comme tous ces gens que je voyais passer. Comme eux. Tout simplement vivant. Tout simplement en vie, comme si j’étais éternel. Vivant sans me poser de questions. Je redevenais disponible, le mot est important, non plus tourné vers moi même, mais vers l’extérieur. J’ai senti l’énergie me revenir, l’envie de projets, de faire des choses.  Toute cette énergie était donc pompée les jours précédents par mon anxiété. Je suis allé acheter deux cigarettes et en ai fumé une avec plaisir. J’ai ensuite rencontré dans la rue un collègue de l’ Université. Il m’a parlé de son pessimisme devant la situation du pays, de nos salaires de misère, qu’il ne pouvait même pas s’acheter des habits, répondre aux demandes de ces enfants. Il m’a dit qu’il était fils de Chahid, que son père était le bras droit de Amirouche, qu’il avait été sur les genoux de Amirouche, lui enfant, et que maintenant voilà la situation. C’est moi qui lui ai remonté le morale, lui disant qu’il fallait voir, pour chacun de nous, les points positifs de notre vie, et que de toute façon il y aurait toujours des problèmes quelle que soit l’époque, au moins le problème du drame de la vie, l’âge, la vieillesse, qui ne disparaîtra jamais  Ce matin, je m’étais réveillé avec la même angoisse, les mêmes idées noires, et l’anxiété de ce jour où je devais aller voir le médecin. J’ai fait du sport avec beaucoup de difficulté et j’ai eu peur car il n’y avait pas ce mieux que me donne d’habitude le sport, de l’adrénaline, une poussée même brève d’optimisme. La veille j’avais fait cependant des progrès: je m’étais obligé à chasser les idées négatives, à ne pas y penser, à m’appliquer la nouvelle règle que j’avais trouvé: vivre le moment, puisque j’étais vivant, et qu’apparemment tout fonctionnait bien dans mon corps, sans me poser des questions.  Ce que j’appelle « les idées noires », ce sont ces idées qui m’assaillent depuis Décembre. Cela avait commencé, peut être le facteur déclenchant?, par les examens cycliques que je fais à la même période. D’abord la peur panique de l’examen,  que l’on découvre une évolution . Cette peur, je crois, a ensuite enflé: je prends conscience brusquement que j’ai plus de la soixantaine. Je deviens subitement sensible à des réflexions d’amis, l’un me dit que « nous sommes une fin de série », l’autre que « nous sommes en fin de vie ». Cela résonne douloureusement en moi. Anxiété de plus en plus grande. Je me dis d’abord qu’il me reste à tout casser 20 ans à vivre et après plus rien que la différence c’est que maintenant je ne peux plus me projeter comme avant à différents âges, 40 ans, puis soixante ans comme je le faisais avant, j’atteins une limite, une frontière, un mur, et après rien. Puis, je révise à la baisse : dix ans peut être? Et encore moins, j’ai fumé , c’est 10 à 20 ans de moins de vie d’après les statistiques. Donc, plus rien, la mort est imminente. Le mot retraite se met à prendre un sens douloureux. Tout ce qui est dit à ce sujet résonne douloureusement. Je constate éberlué que j’avais raisonné faussement, me disant qu’à cette âge, je pourrais enfin écrire, faire ce que je voulais. Mais je n’avais pas prévu cette disparition de l’énergie, de l’envie. Cela se développe: regrets des occasions perdues, de ce que je n’ai pas fait, bilan négatif de ma vie, tout est vu en noir. A Tunis, crises d’anxiété, mains moites, surtout au retour en avion. Perte progressive de l’envie, du désir de faire des choses, de vivre. Y… essaie de me convaincre que  « ça se passe dans ma tête », que « c’est le meilleur âge », m’engage à quitter ces idées noires, « à ruser avec elles « , à avoir des projets. L’anxiété se développe: je cherche à dormir, j’attends ce moment toute la journée, pour m’abîmer dans le sommeil, surtout que je ne fume pas et que cela me permet de résister à la cigarette. Mais les matins, les réveils surtout sont difficiles. L’impression que je n’avance pas, que je ne résous pas ces problèmes, je suis fatigué de ces idées obsessionnelles qui ne me quittent pas.  La peur de la maladie s’étend à d’autre sujets: je fais prendre ma tension par le psychiatre: 14/8, « la limite » me dit-il. C’est, je le sais maintenant, un fait pour lui secondaire, mais cela résonne en moi. Je suis désormais préoccupé par ma tension. J’ai peur d’être hypertendu. Un soir, je prends mon courage à deux mains, et je prends moi même ma tension avec un appareil acheté par ma fille. Tachycardie extrême, mon cœur s’emballe pendant la prise, tension jusqu’à 16. L’idée que c’est vraiment la fin, mais cet acte me calme, je suis étrangement calme ce soir là mais avec l’idée que je suis vraiment passé à un autre stade, celui de la fin. Le soir, après 21h, je reprends ma tension, d’abord élevée, elle redevient normal, 15.5/8 puis 13.2/8 une fois que le cœur se calme et bat à 67 pulsations. Cela me soulage, comme un immense poids qui disparaît et je sombre serein, épuisé dans le sommeil. 

Mais le lendemain matin, tout revient: je suis persuadé d’être hypertendu. Je reprendrais d’ailleurs ma tension deux ou trois jours après et ce sera de suite la même tachycardie et une tension élevée. Parallèlement je sui attiré, comme à l’époque de mes angoisses sur le cancer de la prostate , par Internet et je cherche, de façon obsessionnelle, en tremblant de plus en plus, tout ce qui concerne la tension. J’y découvre « l’effet blouse blanche », mais au lieu de me rassurer, cela m’angoisse encore plus. La peur que ce stress ne me rende hypertendu définitivement, l’idée que lors d’un examen on puisse faussement me juger hyper tendu et me soigner encore une fois à vie. Impossible de me raisonner; j’ai beau me dire, comme me le fait remarquer Y.., que je ne retiens pas les valeurs positives de ma tension celles quand je suis calme, mais que les valeurs négatives, mais rien n’y fait. La peur enfle et maintenant elle est toute concentrée dans l’âge, la fin de vie.  Je vais chez mon frère. Il me parle de notre père, et des différents âges où il a fait des choses. Il me fait remarquer comment nous le trouvions vieux, alors qu’il était relativement jeune, en tout cas plus jeunes que nous maintenant, et que, le livre qu’il a écrit, il l’a fait vers la fin de la cinquantaine. Mon père devient désormais un repère qui alimente mes idées noires, d’échec, de vieillesse. Je pense à la rapidité des années qui se sont écoulées entre sa soixantaine et sa mort. Je tourne en rond dans mon bureau, anxieux, essayant de régler mes problèmes par la logique: je me dis que la tension est un fantasme , et l’examen médical banal, qu « il vaut mieux le faire justement pour me soigner à temps », l’absurdité de ses peurs puisqu’elle ne permettent pas de se soigner éventuellement et à temps, mais rien n’y fait. Je ne peux résister à essayer d’aller sur Internet pour combattre « scientifiquement » ces peurs. Mais cela les alimente. Je suis notamment surpris par les forums sur l’hypertension où je retrouve des gens comme moi, pris de panique à l’idée de la prendre. Je suis frappé par l’absurdité et les conséquences dévastatrices de cette peur, et j’ai une réaction de colère envers moi. Comment puis je me mettre dans de tels états. Je prends conscience à tout ce temps perdu dans ces états, et comment cela m’empoisonne la vie. Je suis éberlué par « cette peur de la mort qui tue » comme c’est dit sur un site Internet, et de l’absurdité de ce comportement: il fait naître en vous des souffrances qui sont insupportables, vous retire l’envie de vivre, et c’est justement comme cela qu’on peut être amené vers ce qu’on craint maladivement, vers la mort elle même, le suicide, pour échapper à ces souffrances. Mais rien n’y fait: essayer de combattre tout cela par la logique ne sert à rien car j’alimente mon angoisse.  Plus tard, je comprendrai, comme c’était le cas hier, que tout dépend de l’état d’esprit dans lequel on reçoit les choses, et que lorsqu’on est vivant, qu’on vit, qu’on ne pense pas à toutes ces choses, on les vit de manière différente. Que la prise de la tension ou tout autre examen de routine devient banal. Je décide alors pour éliminer cette angoisse d’affronter le problème de la mort. Je me dis que si je parviens à ne pas en avoir peur, je serai serein. J’écris alors un texte très important pour moi. Je montre ce texte à Y… Elle le trouve très bien, très profond.  Mais je crois qu’il ne résous pas tous mes problèmes, même s’il est un acquis, écrit avec le forceps de l’angoisse existentielle. Je l’ai constaté hier: je suis rentré sur les blogs qui abordaient le même problème, « La conscience, Dieu » et cela allait bien puis d’autres blogs sur « la peur de la mort » et j’ai retrouvé la même anxiété que mes longues journées dans « l’internetose » sur la recherche des maladies. Nouvelle angoisse, juste avant d’aller à la visite médicale. Pourtant la veille, un grand progrès et je sais maintenant que c’est la voie à suivre. J’avais décidé de vivre, de vivre le moment, de me contenter de la certitude d’être vivant, de chasser les idées négatives, de ne pas me laisser piéger par l’idée de les combattre par la logique. J’ai réfléchi encore à tout ce temps perdu dans ces obsessions, des mois, des années, comment elles me pompaient la vie, mon énergie, m’empêchant de me tourner vers autre choses, comment elles m’occupaient, me paralysaient  J’étais sorti avec Y.., nous sommes allés au Sheraton, je sentais le besoin de me changer les idées, d’échapper à ce piège, celui d’être tourné vers moi même et mes obsessions. J’y ai d’ailleurs rencontré la jeune médecin dont elle m’avait parlé et qui lui avait banalisé ma maladie. J’étais déjà mieux et en plus j’ai donc reçu ses paroles rassurantes sur cette maladie et sa banalité, l’efficacité des soins, je me sentais très bien . En plus, elle me dira sincèrement « vous êtes jeunes », et on me le dira encore une deuxième fois, en fin de soirée, C’est Youssef que nous avons rencontré à la supérette  qui me le dira « tu as rajeuni ». Bref une journée positive où j’étais arrivé à ne pas me laisser tenter par une conversation avec mes idées noires. Je vivais, tout simplement. Puis, comme déjà dit, je suis retombé dans le piège qui s’est déclenché 2 fois: je n’ai pas résisté à ouvrir la lettre du médecin concernant le compte rendu médical sur mon état de santé, puis je suis rentré sur les blogs concernant la peur de la mort où j’ai retrouve des gens aussi angoissés que moi. Mais sans être capables, comme je le ferais maintenant, avec un autre état d’esprit, de prendre de la distance sur ce qu’ils  disent. Tiens, de même que ce blog de cette personne qui parlait de sa retraite, de ses pensées par rapport à la vie, au temps, les années qui restent. Probablement, était elle sereine, mais je recevais ce qu’elle écrivait autrement, de façon angoissée. 

Bref, aujourd’hui, et depuis hier, j’ai appris des choses. Quoi? Tout d’abord, et c’est je crois l’essentiel, une chose que j’appellerai l’état d’esprit. Qu’il change et toute la façon de revoir les choses, de les voir, change. Il n’y a pas la raison en elle même, capable de me guérir par la force de l’argumentation. La peur est irrationnelle. On ne la combat pas avec des arguments. Elle a un effet de loupe. Elle est panique, destruction de la raison. J’ai appris aussi que vivre c’est simplement …vivre, sentir qu’on est vivant, ne pas se demander si on va le rester, combien de temps ça va durer, c’est vivre comme cela devait toujours durer, ou plutôt ne même pas se poser cette question. J’ai appris qu’être tourné vers soi même, ses sensations maladivement, ses peurs, était destructeur, que la vie, c’est s’oublier, oublier son corps, oublier soi même, , tourner son regard en dehors de soi, vers les autres, vers la vie. Et c’est comme cela que l’énergie revient et qu’à son tour, elle permet de ne plus voir les choses de la même manière, de les relativiser, de leur donner leur juste place, de ne pas les dramatiser, de retrouver l’équilibre vital, les vrais repères les vraies normes, d’éliminer les déformations de la réalité et donc l’anxiété. Que l’anxiété, c’est justement être piégé par le tête à tête stérile avec soi même, ou plus exactement, je ne trouve pas les mots, avec cette angoisse de quelque chose qui n’existe pas et dans quoi on se met à vivre, par exemple la maladie, la mort, comme si on y était, on la vivait, et alors le corps réagit par l’angoisse. Il coupe la relation avec l’extérieur, il se morfond, il est triste, il dit à quoi bon, il s’isole. Il agit comme s’ il n’y avait que lui de réel, et que le reste, les gens , la rue, la vie bouillonnante autour s’estompait et devenait comme un décor silencieux, un peu comme dans ces films où le son de la rue s’estompe peu à peu, et où les passants deviennent des fantômes silencieux qui passent dans une atmosphère ouatée. On en vient alors à s’étonner que les autres puissent exister, vivre, et à ne plus se souvenir qu’on était comme eux, et on se demande comment on était lorsqu’on était vivant, qu’est ce qui nous motivait, pourquoi on se passionnait, on s’intéressait à ceci ou cela.

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